Le pilier de la préparation au Djihad

Le livre intitulé « Le pilier de la préparation au Djihad » « al Umda fi i`dad al-`udda li'l- jihad » constitue une des plus importantes références dans les théories de la pensée Djihadiste à l’ère contemporaine. Il s’agit d’un livre contenant des concepts imposant le Djihad (La Guerre Sainte) aux peuples conformément aux faux critères confessionnels. Son auteur, Sayed Imam alias Dr Fadl, est en fait considéré comme une personnalité principale dans le mouvement Djihadiste mondial et ses livres sont devenus une importante référence de différentes organisations terroristes comme Al Qaïda. De même, il a contribué à l’élaboration et la formulation des recherches religieuses de ces livres.
L’auteur dudit livre est né en 1950 dans la ville de Béni Soueif au nord de la Haute Egypte . En 1986 il est parti en Afghanistan où il a participé, aux côtés d’Ayman Al Zawahri, leader actuel d’Al Qaïda, à la guerre des organisations et mouvements terroristes contre l’Union Soviétique à l’époque.
L’auteur a commencé son ouvrage “Le pilier de la préparation au Djihad » en évoquant la nécessité de préparer la nation au Djihad qu’il a décrit comme un devoir individuel incombant à toute personne capable, mais dans un cadre loin du rôle de l’Etat national. Là on trouve toute une inconscience vis-à-vis de la différence temporelle, inconscience qui jette son ombre sur l’aspect des fonctions de l’Etat, cet aspect qui a d’ailleurs beaucoup évolué avec l’avènement de nouvelles fonctions qui, des dizaines d’années durant, n’existaient pas, et qui exige de l’Etat de jouer son rôle en tant qu’un acteur parmi d’autres sur la scène internationale dans le cadre d’une concurrence opportuniste.
Il est à remarquer que l’idée de l’auteur consistant à soutenir la création des camps d’entraînement hors du cadre étatique national a bien réduit le recours des masses populaires à l’Etat pour faire face aux défis sécuritaires de manière étudiée, tout comme cela pousse à la création de milices armées qui entrent en conflit avec l’Etat traditionnel en matière de sécurité et d’application de la loi. L’auteur ne s’est pas du tout intéressé aux conséquences de cette idée, qui pourrait conduire à un combat interne entre l’Etat et l’organisation armée naissante, ce qui aura son impact négatif sur la sécurité du citoyen que l’organisation armée prétend vouloir protéger .
En outre, nous constatons que l’auteur a omis la différence entre l’action sociale générale qui pourrait être un bon outil en temps de guerre et l’action sécuritaire institutionnelle qui, elle, est du ressort des institutions gouvernementales créées pour cet objectif. Il va sans dire que le fait que les comportements humains se caractérisent par un changement constant exige par conséquent que l’on change et amende constamment les lois et les règles afin de réaliser les objectifs de la vie.
En effet, le concept du Djihad n’est point éloigné ou isolé de cette règle. Et bien que son caractère de fondement légal en Islam ne souffre aucune contestation, les mécanismes de son application doivent cependant nécessairement s’opérer à travers l’Etat selon sa conception moderne, ce qui est tout à fait à l’opposé de ce que prône l’auteur qui juge que les gens ont l’obligation de combattre en dehors du cadre de l’Etat. L’auteur a de même passé sous silence la légifération gouvernementale pour la participation des masses populaires aux combats, et cela s’effectue à travers une partie du Budget général que l’Etat consacre aux institutions sécuritaires dans l’objectif de les aider à accomplir leurs missions. En plus de cela, l’Etat n’a d’ailleurs jamais limité le concept du Djihad à ses éléments comme allègue l’auteur, bien au contraire, la porte du bénévolat ne s’est jamais fermée devant celui qui veut offrir de l’aide à son pays, à condition bien entendu qu'il remplisse les critères requis.
Quant au concept d’obéissance au gouvernant, nous constatons que l’auteur a, d'une part, non seulement détruit ce concept en ce qui concerne le traitement entre les combattants des institutions gouvernementales et leurs dirigeants, mais d’autre part il l’a paradoxalement accrédité comme mécanisme interne dans la gestion des affaires de son organisation terroriste. Et cela bien évidemment reflète l’idéologie fonctionnelle de l’auteur soigneusement camouflée sde manière à réaliser l’intérêt privé de l’organisation selon des visions restrictives.
En plus de cela, il est clair que le fait que l’auteur ait agréé le concept d’obéissance au gouvernant ne va pas de pair avec les systèmes de gouvernance à l’ère moderne, vu que les fonctions du gouvernant et des gouvernés sont régies par la Constitution, et ce sous parrainage judiciaire pour garantir l’application de ses articles. Et à cet égard nous trouvons que l’auteur ne cherche qu’à créer un conflit sociétal loin de l’union sacrée en temps de conflit.
C’est pourquoi nous observons que les organisations extrémistes font toujours l’objet de scission pour des raisons idéologiques et doctrinales, avant qu’elles ne se déchirent entre elles afin d’imposer par la force une seule opinion. Si on appliquait ce critère aux armées nationales, elles auraient sans doute totalement disparu, puisque le critère qui régit le commandement dans l’armée est la compétence loin des considérations idéologiques et des styles de vie privée, choses que considère l'auteur comme critère essentiel pour renouveler l'obligation d'obéissance.
Et c’est à cause du fait qu'avec l’Etat national, il n’y a pas de prééminence du critère doctrinal et dogmatique sur la compétence et l’expérience professionnelle, qu’il est rare de voir l’éclosion de scissions au sein des armées régulières. Et c’est surtout les moments de crise qui renforcent et raffermissent le moral des troupes et des combattants.
Par ailleurs, l’auteur a carrément supprimé le rôle du pouvoir judiciaire, tout en accordant au gouvernant le droit d’assumer ses fonctions, justifiant cela par le mandat dont celui-ci dispose. Si l’auteur avait mûrement réfléhi, il aurait compris que l’instauration de la justice en tant que système de vie ne va pas du tout avec la concentration des pouvoirs dans une seule main, ce qui montre bien que l’auteur, au nom d’une stabilité qu’il prétend vouloir réaliser, ne fait qu’instaurer l’autoritarisme religieux.
Enfin, il saute aux yeux que l’auteur a totalement omis l’objectif réel des lois, à savoir la réalisation de la justice qui, dès qu’éclate un combat interne, vole en éclats. Ceci prouve à quel degré l’auteur n’a pas d’égard pour l’état et le sort des masses qui seront affectées par les actes de l’organisation extrémiste. Ceci reflète de même à quel point l’idéologie et les critères de l’auteur sont contradictoires. Sinon comment comprendre qu’une organisation qui prétend que sa création est destinée à la protection des masses, approuve et justifie de tuer ces mêmes individus ?
· Nom du Livre : Le pilier de la préparation au Djihad
· Nom de l’auteur : Sayed Imam
· Nombre de pages : 459