Publié par CEMO Centre - Paris
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«Erdogan mène un projet panislamiste et néo-ottoman qu’il faut combattre de toute urgence»

vendredi 24/juillet/2020 - 10:38
La Reference
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Le philosophe Mezri Haddad décrypte la politique étrangère du président turc Erdogan. Ses intimidations visent, selon lui, à faire de la Turquie le chef de file d’un camp anti-occidental sur le modèle du choc des civilisations théorisé par Huntington.

Depuis le temps qu’il fulmine à l’endroit des gouvernants européens, Recep Tayyip Erdogan vient, pour la seconde fois depuis 2015, de mettre à exécution son chantage à la déferlante migratoire en ouvrant ses frontières terrestres et maritimes avec la Grèce aux milliers de réfugiés Syriens, Afghans, Irakiens, Pakistanais, Somaliens. Parmi eux, on trouve certainement des infiltrés terroristes débarrassés de leurs barbes ou de leurs burkas. Il s’agit là de son arme de dissuasion «nucléaire», ou de son pipeline humain pour soumettre l’Union européenne à ses oukases panislamistes et expansionnistes.

C’est que le message du satrape d’Istanbul est parfaitement clair: «ou bien l’Europe me verse encore plus d’argent pour garder ses frontières en me soutenant militairement dans ma guerre contre Damas aux côtés de mes mercenaires islamo-terroristes, ou bien je déverse sur elle mes milliers d’otages Syriens qui rêvent de l’eldorado européen.» Car, s’agissant des Syriens précisément, il est bien question d’otages que le régime turc empêche depuis longtemps de regagner leurs villes et villages désormais pacifiés et libérés par l’armée syrienne de la barbarie de Daech, Al-Qaïda, Al-Nosra…

À l’origine de cette nouvelle et très grave crise migratoire, la libération de la province d’Idleb, l’un des derniers bastions des terroristes que le régime d’Erdogan soutient depuis le début du printemps dit arabe, dont on mesure aujourd’hui les effets d’agrégation politiques, géopolitiques, humanitaires, socio-économiques et sécuritaires, pas seulement en Syrie mais également en Libye, au Yémen et en Tunisie, le pays qui aurait le mieux «réussi» son printemps en confiant la réalité du pouvoir aux serviteurs d’Erdogan que sont les Frères musulmans! La province d’Idleb est d’une certaine manière le poste le plus avancé des troupes irrégulières turques (les djihadistes) en territoire syrien. Dans sa défense de ces terroristes, l’autocrate turc a invoqué des raisons sécuritaires et même «humanitaires», des centaines d’habitants de ces provinces tombées sous le joug du totalitarisme théocratique pouvant fuir la guerre et se réfugier en Turquie, à l’instar des 4 millions de Syriens déjà exilés dans ce pays. Vaine tromperie d’Erdogan, car c’est lui-même qui empêche les réfugiés syriens de regagner leurs villages, et qui les retient comme monnaie d’échange et levier de pression sur l’Europe. Avant de mettre ses menaces à exécution, Erdogan a bien voulu justifier son plan d’occupation des territoires syriens en faisant croire aux Européens que, plutôt que d’être envahis par des milliers de réfugiés Syriens, il serait mieux pour eux de confier à la Turquie néo-ottomane la mission de cantonner ces réfugiés à Idleb et Alep.

Mais les dirigeants européens ne sont plus dupes. Même s’ils ont mis longtemps avant de le comprendre, ils savent maintenant que le régime turc a tissé des liens étroits avec les grandes organisations terroristes qui sévissaient en Irak et en Syrie et dont les ramifications se trouvent jusqu’en Europe. Lors de sa conférence commune à Londres avec Donald Trump, le 3 décembre 2019, le président français Emmanuel Macron a eu l’audace de déclarer: «Quand je regarde la Turquie, elle combat maintenant ceux (les Kurdes) qui ont combattu avec nous , à nos côtés contre l’État islamique et parfois les Turcs travaillent avec des intermédiaires de l’EI. C’est un problème et c’est un problème stratégique... L’ennemi commun aujourd’hui ce sont les groupes terroristes et je suis désolé de constater que nous n’avons pas la même définition du terrorisme».

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