Publié par CEMO Centre - Paris
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Une Turquie en quête de statut et de puissance

mercredi 22/juillet/2020 - 09:12
La Reference
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La conception d’un rôle nouveau pour la Turquie sur la scène internationale repose sur la pensée d’un universitaire devenu ministre des affaires étrangères (2009-2014) puis Premier ministre (2014-2016), Ahmet Davutoğlu. Celui-ci a proposé une refonte de la diplomatie turque de façon à permettre à son pays de gagner une place plus avantageuse dans le système international et d’acquérir un statut digne de sa grandeur passée. Pour Ahmet Davutoğlu, la Turquie possède en effet, du fait de son héritage impérial et de sa position géographique unique au carrefour de plusieurs continents, une “profondeur stratégique”. Celle-ci lui permet de déployer une politique d’influence dans son voisinage et de s’imposer comme un acteur géopolitique incontournable.

Dans tous les espaces avoisinant la Turquie, le Moyen-Orient occupe néanmoins une place de choix. Ahmet Davutoğlu le considère comme une “région clé” pour les équilibres géostratégiques à l’échelle mondiale. Il estime que le Moyen-Orient doit constituer “la colonne vertébrale” de la politique de puissance de la Turquie. Pour l’intellectuel-stratège, la Turquie devrait construire une sphère d’influence au Moyen-Orient et utiliser cet espace comme tremplin, afin de s’affirmer progressivement comme puissance à l’échelle mondiale.

Les relations avec les États arabes ne sont donc pas conçues comme substitut à l’axe occidental de la Turquie, et le Moyen-Orient n’est pas perçu comme un champ de compensation face au rejet de la Turquie par l’Union européenne. Cette région est plutôt pensée de façon instrumentale comme une zone d’influence et un “hinterland” (arrière-cour) nécessaires pour l’affirmation de la Turquie sur la scène internationale.

Selon Ahmet Davutoğlu, pour que la Turquie puisse s’affirmer comme puissance, elle doit en outre se réconcilier avec son identité musulmane et son héritage impérial. C’est en invoquant sa grandeur passée que la Turquie peut revendiquer une place plus avantageuse sur la scène internationale et régionale. En ce sens, la réhabilitation de l’Empire ottoman dans le discours officiel turc, loin d’être le reflet d’une politique panislamiste ou “néo-ottomane”, est une ressource politique et une arme diplomatique au service des ambitions de la Turquie émergente.

Pendant plus d’une décennie, Ahmet Davutoğlu a été l’architecte et le maçon de la politique étrangère d’Ankara. Sa pensée a servi de base à la réflexion stratégique turque. Avec Recep Tayyip Erdoğan, Ahmet Davutoğlu forme alors le duo de l’intellectuel visionnaire et du leader charismatique, insufflant à la politique étrangère turque un nouveau dynamisme.

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