Le gaz au centre de l’engagement militaire turc en Libye

C’est une visite de gratitude que Faïez Sarraj, le chef du gouvernement libyen d’accord national (GAN) reconnu par les Nations unies, a rendue, le 4 juin à Ankara, à son protecteur, le président turc, Recep Tayyip Erdogan.
Grâce au soutien militaire turc, les forces du GAN ont pris le dessus sur l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal dissident Khalifa Haftar, stoppées net dans leur tentative de conquérir Tripoli. Les forces pro-gouvernementales se sont emparées de l’aéroport international de Tripoli, repris à l’ANL. Ce gain du GAN est le plus significatif depuis la prise de la base aérienne d’Al-Watiya, une place forte de l’ANL au sud-ouest de Tripoli.
Le revers essuyé par Haftar intervient après que l’ONU a annoncé la reprise des pourparlers entre les belligérants. La veille de la visite de Faïez Sarraj à Ankara, son adjoint, Ahmed Miitig, ainsi que le ministre des affaires étrangères du GAN, Mohamed Siyala, étaient reçus en Russie. A Moscou, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a souligné la « nécessité d’une reprise des pourparlers » entre les deux camps.
Empêcher la « vente illégale » de pétrole
Une éventualité que le président Erdogan semble écarter pour le moment. « Nous ne nous assiérons pas à la table des négociations avec Haftar », a-t-il prévenu, jeudi, qualifiant le maréchal de « putschiste », invitant la communauté internationale à empêcher la « vente illégale » de pétrole sur les marchés internationaux.
Galvanisé par les gains militaires de son allié du GAN, le président turc entend récolter les fruits de son investissement. Les richesses énergétiques sont un élément-clé de l’engagement turc en Libye. Ankara a intensifié son soutien militaire au GAN en décembre 2019, après avoir signé, avec le gouvernement de Tripoli, un pacte de coopération militaire assorti d’un accord de démarcation maritime.