Menace turco-ottomane en Méditerranée, jusqu'où ira le Sultan-président Erdogan ?

A l'occasion du colloque organisé par le Centre International de Géopolitique et de Prospective Analytique (GIGPA) à la Maison de la Chimie le 29 février, l'ancien ambassadeur de la Tunisie à l'UNESCO, Mezri Haddad, président du GIGPA, a invité à Paris d'importants responsables politiques des pays concernés par la menace "néo-ottomane" et le bellicisme d'Erdogan en Méditerranée. Un péril géopolitique et existentiel pour l'Union européenne, car deux de ses membres: la Grèce et Chypre, sont directement menacés. L’organisation de ce colloque est tombé au moment où Recep T. Erdogan menace d'envahir des îles grecques, envoie des jihadistes de Syrie vers l'Ouest de la Libye, attaque le régime syrien pour aider les "rebelles islamistes" du HTS (ex-Nosra/Al-Qaïda) face aux Kurdes massacrés, et lâche vers les pays européens riverains des centaines de milliers de migrants syriens, afghans, dont nombre d'islamistes et des repris de justice… Les intervenants, dont l'ancien ministre de la Défense grec, Panos Kamenos, ont rappelé ce que les autres dirigeants européens ne veulent pas voir: la Grèce, Chypre et l'Egypte, sont au bord de la guerre avec Ankara autour du gaz off-shore de Méditerranée revendiqué illégalement par la Turquie. Celle-ci, mécontente des délimitations maritimes légales, veut augmenter unilatéralement de 35 % ses eaux souveraines au détriment des pays riverains. L'armée turque envoie régulièrement des navires militaires violer les eaux territoriales grecques (Crète, Mer Égée) et empêche même le forage d'entreprises italienne (ENI), françaises (TOTAL), grecques et chypriotes. Durant le colloque, Georges Lillikas, ancien Ministre chypriote des Affaires étrangères; Amr Moussa, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, et l'ex-ministre de la Défense grec du gouvernement Tsipras, Panos Kamenos, ont affirmé que si la Turquie ne rencontre pas en face d'elle un front uni, elle analysera cela comme une faiblesse et attaquera la Grèce en mer Égée. Rappelons qu'il ne se passe pas un jour sans que l'aviation et la marine turques ne violent les espaces maritimes et aériens souverains de la Grèce. Kamenos a d'ailleurs rappelé que l'armée grecque, consciente que ni l'OTAN ni l'Union n'ont su dissuader Erdogan, se prépare déjà à un conflit.
Comment justifier encore la poursuite de négociations d'adhésion avec la Turquie d'Erdogan qui menace deux pays-membres de l'UE?
L'actualité récente confirme le fait que la candidature à l'Union européenne, naïvement appuyée alors par les Grecs et la République de Chypre en signe "d'apaisement", a plus envenimé les relations turco-européennes que "rapproché les civilisations" comme on l'annonçait alors pour justifier cette candidature surtout souhaitée par l'OTAN, Londres et Washington. Les turco-euphoriques affirment que si la Turquie avait été intégrée rapidement à l'Union quand Erdogan était "modéré" dans les années 2002-2007, alors ce pays ne serait pas devenu une dictature national-islamiste qui menace l'Europe de submersion migratoire, rackette financièrement l'UE, nie le génocide arménien, alimente le jihadisme (Syrie, Libye), menace Chypre et la Grèce et convoite les réserves de gaz off-shore de Méditerranée. Nous expliquions déjà dans les années 2000 qu'Erdogan, islamiste historique, auteur d'une pièce de théâtre sur le complot "maçonnico-judéo-communiste" (Maskomya), proche du jihadiste afghan allié des Talibans Gubuldin Hekmatyar, et formé par le mouvement islamiste turc Milli Görüs, sorte de Frères musulmans turcs, n'a jamais été un "islamo-démocrate" et que son réel projet était de démanteler le kémalisme au profit du rétablissement d'un Califat ottoman. Les ambitions irrédentistes du Sultan-président étaient donc prévisibles. Si la Turquie d'Erdogan avait réussi à intégrer l'UE, ce pays de toutes façons débarrassé des laïques-militaires et redevenu islamiste y serait la première puissance démographique de l'Union : bientôt 90 millions d'habitants, 100 députés au Parlement européen et le plus fort pourcentage de vote au sein du Conseil de l'Union européenne. L'idée de le faire entrer dans l'UE malgré son incompatibilité géo-civilisationnelle était d'autant plus stupide que ce ne sont pas les Européens "turcophobes" ou "islamophobes" qui auraient "bloqué" son entrée et ainsi "radicalisé" Ankara, mais les dirigeants turcs eux-mêmes qui, dès l'ouverture des négociations en 2005, ont refusé de reconnaître un pays membre de l'UE, la République de Chypre, puis ont refusé d'intégrer des normes et valeurs fondatrices de l'UE comme la liberté des minorités, des médias, de l'opposition (kurde, mais pas seulement), de reconnaitre le génocide arménien, puis de cesser d'occuper Chypre depuis 1974. Nos dirigeants européens refusent toujours de mettre fin à cette candidature contre-nature alors même que la Turquie menace avec ses frégates militaires les navires de forages pétro-gaziers italiens et chypriotes, effectue des explorations et forages illégaux dans les eaux chypriotes, revendique les îles grecques de la mer Égée, et dénonce le traité de Lausanne de 1923 fixant les frontières entre la Turquie et la Grèce.