La Libye, un terrain de rivalités internationales

Déchirée entre deux autorités, la Libye est devenue un terrain de rivalités
internationales. À Ankara, le Parlement doit débattre jeudi 2 janvier
d’une intervention militaire de la Turquie visant à prêter main-forte au
gouvernement d’union nationale (GNA) à Tripoli.
Que vient faire la Turquie dans le
chaos libyen ?
Ankara a choisi de soutenir militairement le
gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez Al-Sarraj en Libye, pays en proie
à la lutte armée entre deux pouvoirs rivaux. C’est également le pouvoir jugé
légitime par l’ONU, qui le presse toutefois de trouver un accord politique avec
le maréchal Khalifa Haftar, chef de la faction basée à Benghazi et qui a lancé
début avril une offensive à l’ouest pour prendre la capitale.
« Nous évaluerons tous les types de soutien militaire, y
compris au sol, sur mer et dans les airs si nécessaire », a
lancé dimanche 29 décembre le président turc Recep Tayyip Erdogan. Lundi 30
décembre, il a transmis au Parlement d’Ankara une motion autorisant un
déploiement militaire en Libye. Une session extraordinaire est prévue jeudi 2
janvier pour débattre du sujet, avec une adoption prévue le 8 ou le 9 janvier
2021. Nul doute que le président turc Recep Tayyip Erdogan aura le feu vert car
il dispose de la majorité absolue. C’est selon cette même procédure qu’une
intervention militaire en Irak ou en Syrie a été rendue possible.
► Quel est l’intérêt pour le président
Erdogan ?
Le 27 novembre 2019, lors d’une visite à
Istanbul de Fayez Al-Sarraj, le GNA a en réalité signé deux accords avec la
Turquie. L’un porte à proprement parler sur la coopération militaire et l’aide
que la Turquie pourrait apporter dans sa lutte contre les troupes du maréchal
Haftar. L’autre, qui porte sur la souveraineté maritime, en est la
contrepartie. Il permet à la Turquie d’étendre sa zone d’influence et de faire
valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale riches en
hydrocarbures, au grand dam de la Grèce, de l’Égypte, de Chypre et d’Israël.
C’est un grand point d’inquiétude pour
l’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé. Ce dernier a exprimé dans le quotidien LeMonde ses craintes que le conflit ne s’étende « à des zones éloignées de la
Libye, notamment le contentieux entre les Grecs et les Turcs sur la
délimitation maritime ».
► Comment réagit le reste de la
communauté internationale ?
Mardi 31 décembre, la Ligue arabe a décidé de
se réunir en toute hâte, à la demande du Caire, au niveau des délégués
permanents « pour examiner l’évolution de
la situation en Libye et les risques d’escalade qui pourrait menacer la
stabilité de la Libye et de la région ».
Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi
s’est entretenu lundi 30 décembre par téléphone avec le président français
Emmanuel Macron pour évoquer ces «
risques d’une escalade militaire ». Paris et Le Caire prônent « un accord politique dans le
cadre des Nations unies, dans le respect des principes agréés à Paris, Palerme
et Abou Dhabi, afin de restaurer l’unité et la pleine souveraineté de la Libye
».
Dès le 17 décembre, le président Sissi
prévenait clairement Ankara : «
Nous n’autoriserons personne à contrôler la Libye (…) c’est une question qui
relève de la sécurité nationale de l’Égypte ».