Publié par CEMO Centre - Paris
ad a b
ad ad ad

L'économie turque et le plan de sauvetage du FMI

samedi 11/août/2018 - 08:20
La Reference
طباعة

En exclusivité, La Référence

Dans cette situation difficile que traverse l’économie turque, avec l’effondrement total du taux de change de la monnaie locale, une question commence à préoccuper bon nombre d’économistes turcs : la Turquie va-t-elle être contrainte de faire appel au Fonds Monétaire International ?

Selon les rapports économiques publiés par la société américaine Bloomberg le recours de la Turquie au plan de sauvetage du FMI sera le remède amer qu’Erdogan devra prendre, étant donné qu’il se flatte toujours de préserver l’indépendance économique de la Turquie loin de la tutelle du FMI, alors qu’en vérité, la Turquie s’appuie sur le monde extérieur comme elle le fait d’habitude.

Les économistes expliquent que si les créanciers étrangers s’arrêtaient de prêter aux banques et sociétés turques, l’économie turque pourrait s’arrêter complètement de fonctionner, selon ce que les investisseurs appellent le scénario de la « chute libre », c’est pourquoi les économistes s’attendent à ce que la Turquie recoure au FMI en fin de compte.

Les prévisions concernant l’économie turque sont devenues pessimistes à tel point que les banquiers ont commencé à parler d’une hypothèse que tout le monde excluait, à savoir le besoin de recourir au FMI. Surtout étant donné la baisse permanente de la valeur de la monnaie locale par rapport au dollar, jusqu’aux niveaux les plus bas.

Certains s’inquiètent de l’imposition par le président turc Recep Tayyip Erdogan de nouveaux contrôles sur les mouvements des capitaux, dans une dernière tentative d’éviter l’augmentation du taux d’intérêt et de stopper la chute de la livre, exploitant ainsi sa mainmise totale sur l’économie du pays depuis les élections de juin, selon un rapport de Bloomberg.

De manière générale, depuis la fin des élections, les craintes ont augmenté de voir Erdogan adopter des politiques économiques non traditionnelles qui pourraient conduire le pays vers une issue funeste et les Etats-Unis ont attisé le feu de la crise de la monnaie qui a compliqué les choses pour l’économie turque, en menaçant d’imposer davantage de sanctions à Ankara après l’arrestation du prêtre américain accusé d’espionnage.

Le président américain ajoute à la crise économique turque le doublement des tarifs douaniers sur les importations de minerais turcs à cause de l’emprisonnement du prêtre américain accusé d’espionnage outre d’autres accusations liées au terrorisme. Et Trump a frappé la Turquie par l’imposition de sanctions et menace d’en imposer d’autres.

1.     Détails de la crise turque : durant les années du règne d’Erdogan, soit près de 16 ans, la Turquie jouissait de niveaux de croissance proches de ceux de la Chine. Mais à la différence de la Chine, qui est un exportateur agressif réalisant un excédent de ses comptes courants, la Turquie souffre d’un déficit de ses comptes courants, qui est l’un des plus importants au monde, car son expansion était soutenue par les dettes extérieures.

Cela est apparu clairement lorsque les banques centrales du monde ont injecté des fonds sur les marchés pour aider les économies à sortir de la crise. Mais pas à partir de maintenant, car avec l’augmentation des taux d’intérêt internationaux, et la baisse du caractère attractif des marchés émergents pour les investisseurs, le retrait des fonds a commencé pour être orientés vers les économies développées.

La Turquie a laissé passer l’occasion durant cette période d’orienter les dizaines de milliards de dollars reçus de l’étranger vers des gains productifs à long terme, en plaçant une grande partie de ces fonds dans des projets immobiliers ou des centres commerciaux, ce qui a conduit à une augmentation de la croissance à court terme, mais n’a amélioré que peu la productivité, ou la production par travailleur, qui est la source essentielle de la croissance économique à long terme, et de l’augmentation du niveau de vie.

2.     Où en est l’économie turque aujourd’hui ? Il semble que sa situation soit très mauvaise : l’inflation a dépassé 15%, soit plus de trois fois les objectifs de la Banque Centrale, et les intérêts des emprunts émis par le gouvernement ont atteint des niveaux records, étant donné la persistance de l’effondrement de la livre.

Tout cela ne nuit pas seulement au moral du consommateur et à ses fonds, impose des pressions énormes sur les budgets des entreprises dont un grand nombre ont emprunté à l’extérieur en devises étrangères et doivent maintenant supporter un fardeau croissant du fait de l’augmentation des frais de remboursement de ces emprunts suite à la baisse de la valeur de la monnaie locale. Or, au lieu de diminuer la dette gouvernementale et de recourir à la Banque Centrale pour améliorer la situation par le biais de l’augmentation des taux d’intérêt, Erdogan souhaite maintenir un niveau bas de taux d’intérêt pour financer davantage de projets de construction.

3.     Pourquoi les taux des obligations ont-ils baissé ?  La Turquie a battu l’Argentine en tant qu’endroit le plus mauvais dans le monde pour ceux qui investissent dans les dettes souveraines, et le rendement de ses obligations à dix ans a atteint son plus haut niveau absolu, dépassant 20%, étant donné la crainte des investisseurs.

Le déficit des comptes courants, estimé à plus de 6% du Produit Intérieur Brut du pays cette année, exige de la part de la Turquie d’attirer davantage de fonds de l’extérieur.

Le gouvernement doit également freiner l’inflation pour éviter d’effrayer les investisseurs, surtout avec la prévision d’un ralentissement important de la croissance du PIB.

Et bien que la Banque centrale ait relevé les taux d’intérêt de 500 points de base depuis avril, cela n’a pas été suffisant pour maîtriser l’inflation.

4.     Pourquoi la livre turque s’est-elle affaiblie ? Les raisons de la chute continue de la valeur de la monnaie locale comprennent les troubles politiques qui ont secoué le pays après la tentative manquée de coup d’Etat contre Erdogan en 2016, qui a été suivie par davantage de tensions avec l’Europe et l’Amérique.

Cependant, la livre s’effondre également à cause de la politique de croissance à tout prix suivie par l’administration turque, et qui a alimenté l’inflation de façon dramatique, car davantage de croissance signifie toujours davantage de dettes.

La chute libre de la valeur de la livre turque nuit énormément à l’économie, étant donné que les exportations dépendent essentiellement des importations, et en particulier de l’énergie. Et bien sûr, elle nuit aux sociétés, qui ont un déficit net dans leurs obligations en devises étrangères de 210 milliards de dollars.

5.     Quelles sont les causes de l’inflation ? L’inflation a augmenté de 15,85%, ce qui rend impossible la maîtrise de cette augmentation, parce que le taux de change de la livre augmente le coût des importations. Il aurait été possible à la plupart des banques de régler le problème en augmentant les taux d’intérêt avant que la monnaie ne commence à chuter, ce qui est le remède traditionnel si les taux augmentent rapidement. Mais les investisseurs pensent que la Banque centrale turque est sous le contrôle d’Erdogan, qui s’est toujours opposé à des coûts d’emprunt élevés et qui a des points de vue particuliers s’agissant des causes de l’inflation.

6.     Quelles sont les idées économiques d’Erdogan ? Erdogan insiste depuis longtemps sur le fait que la baisse des taux d’intérêt sera plus utile pour l’économie parce qu’elle encourage les hommes d’affaires et les entreprises à l’emprunt et à la création de nouveaux projets, et à l’augmentation de la production et des exportations… Mais de nombreux investisseurs étrangers sur les marchés financiers turcs s’opposent à cette opinion parce qu’elle contredit les théories monétaires traditionnelles qui affirment la nécessité d’une augmentation des taux d’intérêt pour freiner l’inflation.

Et des analystes estiment que les fluctuations du taux de change de la livre sont temporaires, et ne reflètent pas l’état de l’économie turque qualifiée par le gouvernement de forte. En effet, celle-ci a connu l’année dernière une croissance de 7,4%, dépassant les prévisions des institutions internationales dont certaines prévoyaient une croissance de 2,7% seulement.

Pour Erdogan, cette mesure n’est pas un simple argument économique, mais fait partie d’une stratégie pour gagner l’appui des électeurs. Son succès politique est fondé dans une large mesure sur l’offre de bénéfices économiques prometteurs à la classe moyenne montante, en recourant à de gros projets créateurs d’emplois et manifestant la prospérité croissante de la Turquie. Et son gouvernement est revenu à cette recette après la tentative manquée de coup d’Etat qui a conduit à une récession économique grave. Et les mesures de stimulation, dont en particulier la subvention des prêts par le biais du Fonds de garantie des crédits, ont conduit à une augmentation de 7,4% durant le premier trimestre.

 

7.     La Turquie a-t-elle besoin d’un plan de sauvetage du FMI ? Selon les rapports économiques publiés par la société américaine Bloomberg le recours de la Turquie au plan de sauvetage du FMI sera le remède amer qu’Erdogan devra prendre, étant donné qu’il se flatte toujours de préserver l’indépendance économique de la Turquie loin de la tutelle du FMI, alors qu’en vérité, la Turquie s’appuie sur le monde extérieur comme elle le fait d’habitude.

Les économistes expliquent que si les créanciers étrangers s’arrêtaient de prêter aux banques et sociétés turques, l’économie turque pourrait s’arrêter complètement de fonctionner, selon ce que les investisseurs appellent le scénario de la « chute libre », c’est pourquoi les économistes s’attendent à ce que la Turquie recoure au FMI en fin de compte.

8.     Quels sont les types de contrôle des capitaux ? Ils prennent diverses formes, mais sont imposés en général par un gouvernement ou une banque centrale, pour limiter les flux de devises étrangères à l’intérieur et à l’extérieur. Si la Turquie devait imposer des contrôles aux capitaux, cela limiterait la capacité des sociétés et des citoyens à convertir leurs fonds en devises étrangères, dans l’espoir de stopper la chute de la livre. Le FMI envisage depuis longtemps d’imposer des contrôles des capitaux, bien que nombre de pays y aient recouru en période de crises. Ainsi, depuis 2008, la Grèce, Chypre et l’Islande ont recouru à tous les types de contrôles dans leurs politiques économiques en période de crises financières.

"