L'économie turque et le plan de sauvetage du FMI

En exclusivité, La
Référence
Dans cette
situation difficile que traverse l’économie turque, avec l’effondrement total
du taux de change de la monnaie locale, une question commence à préoccuper bon nombre
d’économistes turcs : la Turquie va-t-elle être contrainte de faire appel
au Fonds Monétaire International ?
Selon les
rapports économiques publiés par la société américaine Bloomberg le recours de
la Turquie au plan de sauvetage du FMI sera le remède amer qu’Erdogan devra
prendre, étant donné qu’il se flatte toujours de préserver l’indépendance
économique de la Turquie loin de la tutelle du FMI, alors qu’en vérité, la
Turquie s’appuie sur le monde extérieur comme elle le fait d’habitude.
Les économistes expliquent
que si les créanciers étrangers s’arrêtaient de prêter aux banques et sociétés
turques, l’économie turque pourrait s’arrêter complètement de fonctionner,
selon ce que les investisseurs appellent le scénario de la « chute libre »,
c’est pourquoi les économistes s’attendent à ce que la Turquie recoure au FMI
en fin de compte.
Les prévisions
concernant l’économie turque sont devenues pessimistes à tel point que les
banquiers ont commencé à parler d’une hypothèse que tout le monde excluait, à
savoir le besoin de recourir au FMI. Surtout étant donné la baisse permanente
de la valeur de la monnaie locale par rapport au dollar, jusqu’aux niveaux les
plus bas.
Certains
s’inquiètent de l’imposition par le président turc Recep Tayyip Erdogan de nouveaux
contrôles sur les mouvements des capitaux, dans une dernière tentative d’éviter
l’augmentation du taux d’intérêt et de stopper la chute de la livre, exploitant
ainsi sa mainmise totale sur l’économie du pays depuis les élections de juin,
selon un rapport de Bloomberg.
De manière
générale, depuis la fin des élections, les craintes ont augmenté de voir
Erdogan adopter des politiques économiques non traditionnelles qui pourraient
conduire le pays vers une issue funeste et les Etats-Unis ont attisé le feu de
la crise de la monnaie qui a compliqué les choses pour l’économie turque, en
menaçant d’imposer davantage de sanctions à Ankara après l’arrestation du
prêtre américain accusé d’espionnage.
Le président
américain ajoute à la crise économique turque le doublement des tarifs
douaniers sur les importations de minerais turcs à cause de l’emprisonnement du
prêtre américain accusé d’espionnage outre d’autres accusations liées au
terrorisme. Et Trump a frappé la Turquie par l’imposition de sanctions et
menace d’en imposer d’autres.
1.
Détails
de la crise turque : durant les années du règne d’Erdogan, soit près de 16
ans, la Turquie jouissait de niveaux de croissance proches de ceux de la Chine.
Mais à la différence de la Chine, qui est un exportateur agressif réalisant un
excédent de ses comptes courants, la Turquie souffre d’un déficit de ses
comptes courants, qui est l’un des plus importants au monde, car son expansion
était soutenue par les dettes extérieures.
Cela est apparu clairement lorsque les banques centrales du monde ont
injecté des fonds sur les marchés pour aider les économies à sortir de la
crise. Mais pas à partir de maintenant, car avec l’augmentation des taux
d’intérêt internationaux, et la baisse du caractère attractif des marchés
émergents pour les investisseurs, le retrait des fonds a commencé pour être
orientés vers les économies développées.
La Turquie a laissé passer l’occasion durant cette période d’orienter les
dizaines de milliards de dollars reçus de l’étranger vers des gains productifs
à long terme, en plaçant une grande partie de ces fonds dans des projets
immobiliers ou des centres commerciaux, ce qui a conduit à une augmentation de
la croissance à court terme, mais n’a amélioré que peu la productivité, ou la
production par travailleur, qui est la source essentielle de la croissance
économique à long terme, et de l’augmentation du niveau de vie.
2.
Où en
est l’économie turque aujourd’hui ? Il semble que sa situation soit très
mauvaise : l’inflation a dépassé 15%, soit plus de trois fois les
objectifs de la Banque Centrale, et les intérêts des emprunts émis par le
gouvernement ont atteint des niveaux records, étant donné la persistance de
l’effondrement de la livre.
Tout cela ne nuit pas seulement au moral du consommateur et à ses fonds,
impose des pressions énormes sur les budgets des entreprises dont un grand
nombre ont emprunté à l’extérieur en devises étrangères et doivent maintenant
supporter un fardeau croissant du fait de l’augmentation des frais de
remboursement de ces emprunts suite à la baisse de la valeur de la monnaie
locale. Or, au lieu de diminuer la dette gouvernementale et de recourir à la
Banque Centrale pour améliorer la situation par le biais de l’augmentation des
taux d’intérêt, Erdogan souhaite maintenir un niveau bas de taux d’intérêt pour
financer davantage de projets de construction.
3.
Pourquoi
les taux des obligations ont-ils baissé ? La Turquie a battu l’Argentine en tant
qu’endroit le plus mauvais dans le monde pour ceux qui investissent dans les
dettes souveraines, et le rendement de ses obligations à dix ans a atteint son
plus haut niveau absolu, dépassant 20%, étant donné la crainte des
investisseurs.
Le déficit des comptes courants, estimé à plus de 6% du Produit Intérieur
Brut du pays cette année, exige de la part de la Turquie d’attirer davantage de
fonds de l’extérieur.
Le gouvernement doit également freiner l’inflation pour éviter d’effrayer
les investisseurs, surtout avec la prévision d’un ralentissement important de
la croissance du PIB.
Et bien que la Banque centrale ait relevé les taux d’intérêt de 500 points de
base depuis avril, cela n’a pas été suffisant pour maîtriser l’inflation.
4.
Pourquoi
la livre turque s’est-elle affaiblie ? Les raisons de la chute continue de
la valeur de la monnaie locale comprennent les troubles politiques qui ont
secoué le pays après la tentative manquée de coup d’Etat contre Erdogan en
2016, qui a été suivie par davantage de tensions avec l’Europe et l’Amérique.
Cependant, la livre s’effondre également à cause de la politique de
croissance à tout prix suivie par l’administration turque, et qui a alimenté
l’inflation de façon dramatique, car davantage de croissance signifie toujours
davantage de dettes.
La chute libre de la valeur de la livre turque nuit énormément à
l’économie, étant donné que les exportations dépendent essentiellement des
importations, et en particulier de l’énergie. Et bien sûr, elle nuit aux
sociétés, qui ont un déficit net dans leurs obligations en devises étrangères
de 210 milliards de dollars.
5.
Quelles
sont les causes de l’inflation ? L’inflation a augmenté de 15,85%, ce qui
rend impossible la maîtrise de cette augmentation, parce que le taux de change
de la livre augmente le coût des importations. Il aurait été possible à la
plupart des banques de régler le problème en augmentant les taux d’intérêt
avant que la monnaie ne commence à chuter, ce qui est le remède traditionnel si
les taux augmentent rapidement. Mais les investisseurs pensent que la Banque
centrale turque est sous le contrôle d’Erdogan, qui s’est toujours opposé à des
coûts d’emprunt élevés et qui a des points de vue particuliers s’agissant des
causes de l’inflation.
6.
Quelles
sont les idées économiques d’Erdogan ? Erdogan insiste depuis longtemps
sur le fait que la baisse des taux d’intérêt sera plus utile pour l’économie
parce qu’elle encourage les hommes d’affaires et les entreprises à l’emprunt et
à la création de nouveaux projets, et à l’augmentation de la production et des
exportations… Mais de nombreux investisseurs étrangers sur les marchés
financiers turcs s’opposent à cette opinion parce qu’elle contredit les
théories monétaires traditionnelles qui affirment la nécessité d’une
augmentation des taux d’intérêt pour freiner l’inflation.
Et des analystes estiment que les fluctuations du taux de change de la
livre sont temporaires, et ne reflètent pas l’état de l’économie turque
qualifiée par le gouvernement de forte. En effet, celle-ci a connu l’année
dernière une croissance de 7,4%, dépassant les prévisions des institutions
internationales dont certaines prévoyaient une croissance de 2,7% seulement.
Pour Erdogan, cette mesure n’est pas un simple argument économique, mais
fait partie d’une stratégie pour gagner l’appui des électeurs. Son succès
politique est fondé dans une large mesure sur l’offre de bénéfices économiques
prometteurs à la classe moyenne montante, en recourant à de gros projets
créateurs d’emplois et manifestant la prospérité croissante de la Turquie. Et
son gouvernement est revenu à cette recette après la tentative manquée de coup
d’Etat qui a conduit à une récession économique grave. Et les mesures de
stimulation, dont en particulier la subvention des prêts par le biais du Fonds
de garantie des crédits, ont conduit à une augmentation de 7,4% durant le
premier trimestre.
7.
La
Turquie a-t-elle besoin d’un plan de sauvetage du FMI ? Selon les rapports
économiques publiés par la société américaine Bloomberg le recours de la
Turquie au plan de sauvetage du FMI sera le remède amer qu’Erdogan devra
prendre, étant donné qu’il se flatte toujours de préserver l’indépendance
économique de la Turquie loin de la tutelle du FMI, alors qu’en vérité, la
Turquie s’appuie sur le monde extérieur comme elle le fait d’habitude.
Les économistes expliquent que si les créanciers étrangers s’arrêtaient de
prêter aux banques et sociétés turques, l’économie turque pourrait s’arrêter
complètement de fonctionner, selon ce que les investisseurs appellent le
scénario de la « chute libre », c’est pourquoi les économistes
s’attendent à ce que la Turquie recoure au FMI en fin de compte.
8.
Quels
sont les types de contrôle des capitaux ? Ils prennent diverses formes,
mais sont imposés en général par un gouvernement ou une banque centrale, pour
limiter les flux de devises étrangères à l’intérieur et à l’extérieur. Si la
Turquie devait imposer des contrôles aux capitaux, cela limiterait la capacité
des sociétés et des citoyens à convertir leurs fonds en devises étrangères,
dans l’espoir de stopper la chute de la livre. Le FMI envisage depuis longtemps
d’imposer des contrôles des capitaux, bien que nombre de pays y aient recouru
en période de crises. Ainsi, depuis 2008, la Grèce, Chypre et l’Islande ont
recouru à tous les types de contrôles dans leurs politiques économiques en
période de crises financières.