Publié par CEMO Centre - Paris
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L’adjoint du Grand Cheikh d’al-Azhar Dr. Abbas Chouman, dans un entretien avec "La Référence" : Les extrémistes utilisent l’idée du califat comme argument pour justifier leurs actes

mardi 17/juillet/2018 - 03:27
La Reference
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-       Les systèmes de gouvernement évoluent avec le temps

-       Le système de gouvernement islamique ne se limite pas au califat

-       La loi islamique admet tous les systèmes de gouvernement quels que soient le temps et le lieu

-        Le Coran et la Sunna contiennent des preuves décisives du caractère non obligatoire du gouvernement par le califat

-       Le fait que le Prophète (bénédiction et salut de Dieu sur lui) sans avoir fixé de règles pour le choix de son successeur confirme qu’il s’agit d’une question qui n’a pas été tranchée

 

Entretien mené par : Hana Kandil

 

Le Dr Abbas Chouman, adjoint du Grand Cheikh d’al-Azhar, affirme que le califat n’est pas une condition de validité de la croyance, comme l’affirment les groupes extrémistes, insistant sur le fait qu’il n’est qu’un système séculier qui n’est pas obligatoire pour les musulmans.

Il a expliqué dans un entretien accordé à al-Marja’ que les groupes extrémistes, depuis la création du groupe des Frères et jusqu’à l’organisation Daech, exploitent l’idée de califat et font croire que c’est un système de gouvernement lié à la croyance islamique, en prétendant que le vrai musulman a le devoir d’œuvrer à le faire revivre, et ceci pour attirer les jeunes aspirant à la justice et à la réforme, et les convaincre que le retour de la gloire islamique passe par l’établissement du califat par la force !

Le Dr Abbas Chouman répond en détail sur ce sujet dans les lignes qui suivent :

Q. : comment jugez-vous les affirmations de certains selon lesquelles le califat est une partie de la foi et de la croyance chez les musulmans et qu’il convient d’œuvre à le faire revivre ?

 

R. : le califat fait partie des questions qui ont suscité des débats entre les gens, et certains l’utilisent pour provoquer des séditions, depuis son abolition par Moustapha Kamal Ataturk en 1924. Il signifie un système de gouvernement qui repose sur un gouvernant unique auquel les musulmans partout dans le monde prêtent allégeance, et qui délègue des gouverneurs dans les divers pays, qui gèrent les affaires des gens au nom de ce calife.

Je considère que le système du califat auquel certains aspirent ne peut plus de façon réaliste être appliqué aujourd’hui, étant donné les différences culturelles, économiques et sociales à l’intérieur des sociétés arabes et islamiques.

Quant à ceux qui pensent que le califat est le seul système par lequel les musulmans doivent être gouvernés, et qui cherchent à appliquer cette idée par la violence, la force armée et le terrorisme, ils utilisent l’idée du califat pour justifier leurs actes, et la vérité est que le califat est un système de gouvernement séculier, ne fait pas partie des fondements de la croyance auxquels il faut croire, et n’est pas  contraignant pour les musulmans, et tout système de gouvernement capable de gérer les affaires des gens et réaliser la justice entre eux est une alternative acceptable au califat.

 

Q. : cela signifie qu’il n’est pas indispensable de tenir au premier califat, et que l’important est que le système de gouvernement réalise les objectifs de la loi islamique ?

 

R. : c’est exact, car la première forme du califat n’était rien d’autre qu’un système agréé par les gens, et s’ils en agréent un autre et le choisissent, sans contredire les objectifs de la loi islamique, cela ne pose pas de problème. De même, les systèmes de gouvernement évoluent avec le temps, car ils ne doivent pas se scléroser, sinon ils chutent. Et tout le monde doit comprendre qu’avec la succession des époques à venir, les méthodes de gouvernement vont changer, car l’important, c’est que les gens suivent les principes de la loi de Dieu, et peu importe le nom du système auquel ils sont soumis.

 

Q. : y a-t-il des preuves religieuses selon lesquelles le califat n’est qu’un simple système de gouvernement politique séculier ?

 

R. : en effet, le Coran et la Sunna contiennent des preuves décisives du caractère non obligatoire du gouvernement par le califat. Car le Prophète Mohammad (BSSL) n’est pas mort avant que Dieu n’ait parachevé la religion pour les musulmans : « Aujourd'hui j'ai parachevé pour vous votre religion, j'ai complété mon bienfait sur vous et j'ai agrée pour vous l'islam comme religion » (sourate al-Ma’ida, verset 3). Et pourtant, le Prophète n’a pas désigné de successeur (calife) après lui, ni précisé la façon de le choisir, et si le système de gouvernement avait fait partie de la religion, et que celle-ci n’avait pu être complète que par lui, le Prophète ne l’aurait pas passé sous silence, comme le prouvent les divergences des Compagnons après la mort du Prophète pour désigner son successeur, au point qu’une  grave sédition fut sur le point de se produire entre les Muhadjirines (Emigrés) et les Ansars (Auxiliaires), puis au sein des Muhadjirines eux-mêmes, après que les Ansars eurent admis les droits de ces derniers à la succession au Prophète (BSSL), et qu’ils s’accordent pour désigner Abou Bakr as-Siddiq, que Dieu l’agrée.

 

Q. : Que dire de la façon dont les califes ont été choisis après cela ?

 

R. : la façon dont Abou Bakr as-Siddiq a été choisi ressemblait à des élections générales, et malgré cela, as-Siddiq, que Dieu l’agrée, choisit son successeur al-Farouq Omar ibn al-Khattab par nomination, tandis que Othman ibn Affan a institué le système du plébiscite entre sept candidats, et de même, Ali ibn Abi Talib, puis le califat à l’ère des Omeyyades et des Abbassides et aussi par la suite, fut fondé sur le système de gouvernement héréditaire.

 

Q. : comment la loi islamique tranche-t-elle ce débat ?

 

R. : le système de gouvernement islamique ne se limite pas au califat, et la loi islamique admet tous les systèmes de gouvernement quels que soient le temps et le lieu, à condition que les gens les agréent, et il faut que ceux qui nourrissent des intentions maléfiques cessent d’utiliser l’idée du retour du califat comme prétexte pour se rebeller contre les systèmes de gouvernement stables, de terroriser ceux qui vivent en paix et de tuer les innocents. Car c’est à eux que s’applique le verset : « La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu'ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l'ignominie ici-bas; et dans l'au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment » (sourate al-Ma’ida, verset 33).

 

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