Le ministre tunisien des questions religieuses dans une interview à "La Référence" Le conseiller Ahmed Azoum : La pensée face à Daech

Interview
faite par Sarah Rachad
La scène religieuse tunisienne ne se
calme presque pas le plus souvent. A chaque fois, l'on effectue un changement
touchant une question de statut personnel, tranchée déjà par l'ensemble des
musulmans, un nouveau changement surgit. Conséquence : Les communautés
islamiques ont fait leurs réserves à l'égard de l'Etat tunisien, dont la
plupart des démarches se focalisent notamment sur l'égalité entre les deux
sexes, même si parfois ce fait exige de faire marier la femme musulmane à un
homme non-musulman. Ce qui conterdit la charia et ce qui est appliqué dans
toutes les communautés islamiques. Ces démarches se focalisent également sur
l'annulation des différences dans les questions d'héritage, bien que le grand
public de savants religieux et des interprètes soient unanimes sur l'évidence
de cette question dans le Coran.
"Al-Marji'e" a interviewé le
conseiller Ahmed Azoum, ministre tunisien pour les questions religieuses. Il a
mis en évidence cette "règle historique" sur laquelle la Tunisie
fonde toutes ces décisions concernant la femme. Ladite règle est connue sous la
dénomination : "La dot d'Al-Qayrawan".
L'histoire de la dot remonte à 1309
ans, lorsque le fondateur de l'Etat Abbasside, Abou Djaafar Al-Mansour, est
arrivé en Tunisie en l'an 709, fuyant des Omeyyades qui le pourchassaient. Il
réside comme hôte chez un homme qui s'appelait, Mansour Ben Abdullah
Al-Humayri, dans la ville d'Al-Qayrawan, à 160 km de la capitale tunisienne.
Ce dernier avait une belle fille
appelée "Arwa". Le calife l'admirait et avait demandé sa main. Son
père accepta, mais insista à mettre une condition dans le contrat de mariage :
L'époux sera engagé à ne pas épouser une autre, et si jamais cela arrive, le
divorce sera dans la main de la fille et à son gré.
"Les habitants d'Al-Qayrawan ont
dès lors, eu la coutume, de ne pas appliquer la polygamie". Le ministre
tunisien explique la raison derrière l'insistance d'Al-Humayri à ne pas
permettre à son gendre d'épouser une autre femme que sa fille, en soulignant :
"Tant que le calife abbasside a accepté d'épouser une fille d'Al-Qayrawan,
il est donc engagé à respecter les coutumes de ses habitants".
Le mariage d'Arwa la
"qayrawania" (en référence à Al-Qayrawan)
Le contrat de mariage d'Arwa la
"qayrawania" avec le calife abbasside, est considéré comme le premier
document islamique officiel qui interdit la polygamie. Le ministre tunisien
rejete l'allégation que ce contrat soit contre les préceptes de la religion. Il
souligne : "Les Tunisiens ont puisé, du Coran, le principe interdisant la
polygamie, figurant dans le verset 129 de la sourate Annissaa : "Vous ne
pourrez jamais être équitables entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux.
Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles, au point de laisser l’autre
comme en suspens. Mais si vous vous réconciliez et vous êtes pieux... donc
Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux". Le verset souligne
l'incapacité de l'homme à traiter ses épouses équitablement. et donc, puisque
le Coran a conditionné la polygamie par la capacité de les traiter
équitablement, puis il a répété que l'équité est une question exclue, donc le
principe de la polygamie n'est pas principalement admis.
Emanant de ce principe, le ministre
Azoum considère que toutes les décisions prises par La Tunisie, concernant la
femme, et dont quelques-uns estiment qu'elles conterdisent la religion, toutes
ces décisions, d'après lui, émanent de l'héritage intellectuel tunisien.
"Ces points peuvent être compris en notant que les Tunisiens font toujours
des efforts pour présenter une lecteure des textes religieux, mais cela ne
signifie pas non plus qu'ils prennent la religion à la légère".
Le ministre a tempêté que "La
Tunisie est un pays islamique, sa langue est l'arabe. Elle tient à s'engager à
la religion et toutes les lois promulguées, ont une référence légitime".
Il souligne toutefois que son pays cherche à faire une lecture des textes de
sorte à les adapter à ce qu'exige chaque époque.
Cette vision libérale que la Tunsie
s'efforce à présenter, ne peut pas être séparée des six mille Tunisiens qui
suivent "Abou Bakr Al-Baghdadi", leader de Daech. Chiffres donnés
dans une statistique faite, en janvier 2016, par l'Isntitution américaine
"Sophan Group", concernée par les questions des renseignements
secrets et par la lutte contre le terrorisme.
Comment cela s'est-il passé? Le
ministre tunisien répond, bien qu'il ait refusé d'admettre la véracité du
chiffre. Il dit : "Ce chiffre n'est pas officiel et tous les pays du
monde, sans exception, ont exporté des terroristes à Daech". Et de
poursuivre : "Daech a excellé à manipuler la religion, alors que nous
fermons les yeux. Daech exploite la technologie pour s'adresser et arriver aux
jeunes, c'est pourquoi, nous devons élaborer un plan qui garantit deux axes
principaux : la refonte du discours religieux et notamment l'utilisation de la
technologie pour affronter Daech".
Les plans de prévention et de
maîtrise
La Tunisie a en fait adopté, d'après
Azoum, "un plan global élaboré par toutes les institutions du pays,
concernées par la lutte contre le terrorisme. Le ministère des Questions
religieuses en a eu une bonne part".
Ce plan se base, en plus de la
dimension sécuritaire, sur l'effort intellectuel. La bibliothèque
intellectuelle de Daech se trouve toujours face à ceux qui réfutent et
fustigent ses allégations. Le ministre poursuit : "Nous sommes encore au
début du chemin. Il n'y a pas assez de matières intellectuelles mais je crois
que nous sommes sur la bonne voie".
Depuis 2002, la Tunisie a adopté un
plan pour restituer les "kouttabs" (écoles coraniques connues dans
les communautés arabes, et qui avaient disparu de la Tunisie sous l'occupation
française, 1881-1956). Ces kouttabs ont pour mission de combattre le
terrorisme. leur nombre s'élève à présent à 1600 kouttabs répandus dans toutes
les villes tunisiennes. Et Azoum de souligner : "Moi personnellement, j'ai
appris dans un kouttab, où j'ai connu les vrais préceptes de la réligion, mais
lorsque nous évoquons aujourd'hui le mot kouttab, il ne s'agit pas de l'image
traditionnelle de ce dernier, avec un cheikh non-voyant et une natte sur le
parterre". La nouvelle expérience du kouttab tunisien, montre un lieu où
les enfants apprennent les vraies instructions du Coran, les versets coraniques
et notamment se forment aux langues et à la technologie moderne, explique-t-il.
D'après le plan tunisien, révèle Azoum,
5700 prêcheurs sont homologués, vu leurs connaissances intellectuelles. Ces
prédicateurs sont autorisés à monter sur les tribunes et à donner des prêches
qui se conforment avec la vision de l'Etat tunisien, notamment le rôle soufi
qu'apprécient les pays du Maghreb pour combattre le terrorisme.
Le ministre tunisien souligne :
"Les origines du tasawuf sont en Tunisie. On n'a pas besoin de le chercher
pour affronter le terrorisme, car le soufisme est toujours présent dans ce
pays. L'ordre soufi est capable d'affronter l'extrémisme... pensée par
pensée".
Tout cela concerne le plan de
prévention, mais quand est-il pour l'accueil des déserteurs de Daech? A ce
point, Azoum explique que jusqu'à présent, la Tunisie n'a accueilli aucun
déserteur de Daech parmi ses fils s'étant intégrés dans les rangs du groupe. Il
a toutefois noté que la Tunisie a élaboré un plan où prennent part toutes les
institutions pour la réintégration des repentis ou au moins pour se protéger
contre leur danger.
D'habitude, les déserteurs de Daech,
qui rentrent de l'Europe vers les pays du Maghreb arabe, sont accusés de
terrorisme. A chaque attentat terroriste, les maghrébins ou tous ceux qui sont
d'origine maghrébine, sont pointés du doigt, jusqu'à ce qu'ils puissent prouver
leur innocence. Le ministre n'a pas démenti l'enlisement de certains éléments
maghrébins dans des attentats terroristes perpétrés en Europe. Il estime que
cela revient au manque de sensibilisation auprès de ces éléments qui résident
en Europe.