Publié par CEMO Centre - Paris
ad a b
ad ad ad

Le ministre tunisien des questions religieuses dans une interview à "La Référence" Le conseiller Ahmed Azoum : La pensée face à Daech

mercredi 04/juillet/2018 - 09:00
La Reference
طباعة

Interview faite par Sarah Rachad

 

 

La scène religieuse tunisienne ne se calme presque pas le plus souvent. A chaque fois, l'on effectue un changement touchant une question de statut personnel, tranchée déjà par l'ensemble des musulmans, un nouveau changement surgit. Conséquence : Les communautés islamiques ont fait leurs réserves à l'égard de l'Etat tunisien, dont la plupart des démarches se focalisent notamment sur l'égalité entre les deux sexes, même si parfois ce fait exige de faire marier la femme musulmane à un homme non-musulman. Ce qui conterdit la charia et ce qui est appliqué dans toutes les communautés islamiques. Ces démarches se focalisent également sur l'annulation des différences dans les questions d'héritage, bien que le grand public de savants religieux et des interprètes soient unanimes sur l'évidence de cette question dans le Coran.

"Al-Marji'e" a interviewé le conseiller Ahmed Azoum, ministre tunisien pour les questions religieuses. Il a mis en évidence cette "règle historique" sur laquelle la Tunisie fonde toutes ces décisions concernant la femme. Ladite règle est connue sous la dénomination : "La dot d'Al-Qayrawan".

L'histoire de la dot remonte à 1309 ans, lorsque le fondateur de l'Etat Abbasside, Abou Djaafar Al-Mansour, est arrivé en Tunisie en l'an 709, fuyant des Omeyyades qui le pourchassaient. Il réside comme hôte chez un homme qui s'appelait, Mansour Ben Abdullah Al-Humayri, dans la ville d'Al-Qayrawan, à 160 km de la capitale tunisienne.

Ce dernier avait une belle fille appelée "Arwa". Le calife l'admirait et avait demandé sa main. Son père accepta, mais insista à mettre une condition dans le contrat de mariage : L'époux sera engagé à ne pas épouser une autre, et si jamais cela arrive, le divorce sera dans la main de la fille et à son gré.

"Les habitants d'Al-Qayrawan ont dès lors, eu la coutume, de ne pas appliquer la polygamie". Le ministre tunisien explique la raison derrière l'insistance d'Al-Humayri à ne pas permettre à son gendre d'épouser une autre femme que sa fille, en soulignant : "Tant que le calife abbasside a accepté d'épouser une fille d'Al-Qayrawan, il est donc engagé à respecter les coutumes de ses habitants".

 

 

Le mariage d'Arwa la "qayrawania" (en référence à Al-Qayrawan)

 

Le contrat de mariage d'Arwa la "qayrawania" avec le calife abbasside, est considéré comme le premier document islamique officiel qui interdit la polygamie. Le ministre tunisien rejete l'allégation que ce contrat soit contre les préceptes de la religion. Il souligne : "Les Tunisiens ont puisé, du Coran, le principe interdisant la polygamie, figurant dans le verset 129 de la sourate Annissaa : "Vous ne pourrez jamais être équitables entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux. Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles, au point de laisser l’autre comme en suspens. Mais si vous vous réconciliez et vous êtes pieux... donc Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux". Le verset souligne l'incapacité de l'homme à traiter ses épouses équitablement. et donc, puisque le Coran a conditionné la polygamie par la capacité de les traiter équitablement, puis il a répété que l'équité est une question exclue, donc le principe de la polygamie n'est pas principalement admis.

Emanant de ce principe, le ministre Azoum considère que toutes les décisions prises par La Tunisie, concernant la femme, et dont quelques-uns estiment qu'elles conterdisent la religion, toutes ces décisions, d'après lui, émanent de l'héritage intellectuel tunisien. "Ces points peuvent être compris en notant que les Tunisiens font toujours des efforts pour présenter une lecteure des textes religieux, mais cela ne signifie pas non plus qu'ils prennent la religion à la légère".

Le ministre a tempêté que "La Tunisie est un pays islamique, sa langue est l'arabe. Elle tient à s'engager à la religion et toutes les lois promulguées, ont une référence légitime". Il souligne toutefois que son pays cherche à faire une lecture des textes de sorte à les adapter à ce qu'exige chaque époque.

Cette vision libérale que la Tunsie s'efforce à présenter, ne peut pas être séparée des six mille Tunisiens qui suivent "Abou Bakr Al-Baghdadi", leader de Daech. Chiffres donnés dans une statistique faite, en janvier 2016, par l'Isntitution américaine "Sophan Group", concernée par les questions des renseignements secrets et par la lutte contre le terrorisme.

 

Comment cela s'est-il passé? Le ministre tunisien répond, bien qu'il ait refusé d'admettre la véracité du chiffre. Il dit : "Ce chiffre n'est pas officiel et tous les pays du monde, sans exception, ont exporté des terroristes à Daech". Et de poursuivre : "Daech a excellé à manipuler la religion, alors que nous fermons les yeux. Daech exploite la technologie pour s'adresser et arriver aux jeunes, c'est pourquoi, nous devons élaborer un plan qui garantit deux axes principaux : la refonte du discours religieux et notamment l'utilisation de la technologie pour affronter Daech".

 

 

Les plans de prévention et de maîtrise

 

La Tunisie a en fait adopté, d'après Azoum, "un plan global élaboré par toutes les institutions du pays, concernées par la lutte contre le terrorisme. Le ministère des Questions religieuses en a eu une bonne part".

Ce plan se base, en plus de la dimension sécuritaire, sur l'effort intellectuel. La bibliothèque intellectuelle de Daech se trouve toujours face à ceux qui réfutent et fustigent ses allégations. Le ministre poursuit : "Nous sommes encore au début du chemin. Il n'y a pas assez de matières intellectuelles mais je crois que nous sommes sur la bonne voie".

Depuis 2002, la Tunisie a adopté un plan pour restituer les "kouttabs" (écoles coraniques connues dans les communautés arabes, et qui avaient disparu de la Tunisie sous l'occupation française, 1881-1956). Ces kouttabs ont pour mission de combattre le terrorisme. leur nombre s'élève à présent à 1600 kouttabs répandus dans toutes les villes tunisiennes. Et Azoum de souligner : "Moi personnellement, j'ai appris dans un kouttab, où j'ai connu les vrais préceptes de la réligion, mais lorsque nous évoquons aujourd'hui le mot kouttab, il ne s'agit pas de l'image traditionnelle de ce dernier, avec un cheikh non-voyant et une natte sur le parterre". La nouvelle expérience du kouttab tunisien, montre un lieu où les enfants apprennent les vraies instructions du Coran, les versets coraniques et notamment se forment aux langues et à la technologie moderne, explique-t-il.

D'après le plan tunisien, révèle Azoum, 5700 prêcheurs sont homologués, vu leurs connaissances intellectuelles. Ces prédicateurs sont autorisés à monter sur les tribunes et à donner des prêches qui se conforment avec la vision de l'Etat tunisien, notamment le rôle soufi qu'apprécient les pays du Maghreb pour combattre le terrorisme.

Le ministre tunisien souligne : "Les origines du tasawuf sont en Tunisie. On n'a pas besoin de le chercher pour affronter le terrorisme, car le soufisme est toujours présent dans ce pays. L'ordre soufi est capable d'affronter l'extrémisme... pensée par pensée".

Tout cela concerne le plan de prévention, mais quand est-il pour l'accueil des déserteurs de Daech? A ce point, Azoum explique que jusqu'à présent, la Tunisie n'a accueilli aucun déserteur de Daech parmi ses fils s'étant intégrés dans les rangs du groupe. Il a toutefois noté que la Tunisie a élaboré un plan où prennent part toutes les institutions pour la réintégration des repentis ou au moins pour se protéger contre leur danger.

D'habitude, les déserteurs de Daech, qui rentrent de l'Europe vers les pays du Maghreb arabe, sont accusés de terrorisme. A chaque attentat terroriste, les maghrébins ou tous ceux qui sont d'origine maghrébine, sont pointés du doigt, jusqu'à ce qu'ils puissent prouver leur innocence. Le ministre n'a pas démenti l'enlisement de certains éléments maghrébins dans des attentats terroristes perpétrés en Europe. Il estime que cela revient au manque de sensibilisation auprès de ces éléments qui résident en Europe.

 

"