Al-Marga’ s’entretient avec l’ex-conseiller de Ben Laden Ayman Fâ’id raconte les détails de son voyage en Afghanistan et de son enrôlement dans al-Qaeda

Entretien mené par Rahma Mahmoud
Depuis son plus jeune âge, sa mère a continué à le nourrir de l’idée de la
guerre sainte, et du combat pour défendre l’islam, et lorsqu’il eut 18 ans,
elle vit en lui un combattant et un chevalier du djihad. Elle l’aida alors avec
ses fonds pour lui permettre de partir rejoindre les autres djihadistes, même
si ces derniers étaient les combattants de l’organisation al-Qaeda, et que la
destination du voyage était la ville de Peshawar au Pakistan.
Il s’agit d’Ayman Fâ’id qui rejoignit les rangs des moudjahidines en
Afghanistan à la fin de l’année 1987, alors qu’il avait seulement 18 ans,
jusqu’à ce qu’il devienne conseiller du chef de l’organisation Ossama ben Laden
en personne.
Dans son entretien avec al-Marga’, Fâ’id affirme qu’il s’est rendu à
l’ambassade du Pakistan au Caire pour obtenir un visa d’entrée dans la ville
d’Islamabad, capitale du Pakistan, et aussitôt obtenu, il fit ses valises pour
se rendre à l’aéroport du Caire, et lorsqu’il arriva à Islamabad, il prit un
autobus jusqu’à la ville de Peshawar.
Dès son arrivée à l’aéroport d’Islamabad, il interrogea deux jeunes (dont
il découvrit par la suite les liens avec les renseignements pakistanais) sur le
moyen d’arriver à Peshawar pour rejoindre les Moudjahidines, et il leur montra
un bout de papier où se trouvait l’adresse de la revue « Al-Bunyan
al-Marsous » dont il était supposé visiter le responsable, et ils
l’emmenèrent pour rencontrer Akhtar Khan, chef des services secrets pakistanais
et responsable du dossier afghan. Fâ’id ne fut pas inquiet de se trouver dans
le bureau du numéro deux pakistanais après Dia ad-Dîn Haqq (alors premier
ministre pakistanais), et il lui déclara franchement sa volonté de rejoindre
les Moudjahidines pour aller combattre les Russes. Le chef des renseignements
lui conseilla alors de renoncer à l’idée et de retourner chez lui, mais face à
son obstination, il envoya une lettre aux Moudjahidines arabes de Bayt al-Ansâr
à Peshawar pour qu’ils accueillent un nouveau venu.
A Bayt al-Ansâr dans la ville de Peshawar, Fâ’id rencontra Ossama ben Laden
qui le recommanda aux moudjahidines, au point que certains d’entre eux
pensèrent qu’il y avait un lien de parenté entre Fâ’id et ben Laden. Après être
restés quatre jours à Bayt al-Ansâr, les Moudjahidines étaient envoyés dans les
camps d’entraînement, mais il refusa de rejoindre aucun de ces camps, au point
que certains doutèrent de lui et le considèrent comme un espion.
L’impasse de l’accusation d’espionnage
Fâ’id raconte comment il se disculpa de l’accusation d’espionnage :
« J’ai reconnu devant les moudjahidines mon désir de rejoindre le camp de
Warsak, supervisé par Abou Ossama al-Masriy. Le but de ce camp était de former
23 parmi les meilleurs combattants, et ils m’ont mis en garde et se sont moqués
de ma demande, eu regard aux conditions draconiennes d’admission au camp, parmi
lesquelles le fait d’avoir pratiqué le djihad régulièrement pendant au moins 6
mois, d’avoir participé à au moins 6 ou 8 combats, et d’avoir été formé au
maniement de tous les types d’armes. Et bien que je n’aie rempli aucune de ces
conditions, j’ai réussi et ai été admis au camp ».
Et bien qu’Abou Ossama al-Masriy fût une légende du Djihad afghan – selon
Ayman Fâ’id, et que seul celui qui traitait avec lui face à face ait pu le
connaître, car les moudjahidines le craignaient en entendant sa voix et
fuyaient loin de lui – Fâ’id n’eut pas peur de lui, mais leur rencontre fut le
point de départ de son admission dans le camp de Warsak, et de sa présence
parmi les cinq personnalités les plus éminentes ayant contribué par la
suite à la fondation de l’organisation al-Qaeda et à la définition de ses buts.
Et après la fin de la guerre contre les Russes, et la sortie de l’Union
soviétique d’Afghanistan, des discussions eurent lieu entre les Moudjahidines
arabes et en particulier entre Ossama ben Laden et ‘Abdallah ‘Azzâm, pour créer
une organisation qui comprenne tous les Moudjahidines arabes et les réunisse
autour d’un but ou d’un ennemi commun, leur nombre étant alors compris entre
19000 et 30000 personnes, sachant que 6000 venaient du Yémen et 201 d’Egypte.
Le groupe des 32 individus qui avaient été entraînés par Abou Ossama
al-Masriy dans le camp de Warsak furent le noyau qui décida de la création de
la nouvelle organisation et de la définition de ses buts. A l’époque, de
longues discussions eurent lieu entre les moudjahidines arabes sur le nom à lui
donner, et après des délibérations, on décida de l’appeler
« al-Qaeda », par référence au nom donné par ‘Omar ibn al-Khattâb à
Médine : « la base (Qaeda) sûre ». Tandis que certains
observateurs attribuent ce choix à la base (Qaeda) de données qui comprend tous
les moudjahidines de l’organisation.
Les objectifs de l’organisation al-Qaeda
Dès la sortie de l’Union soviétique d’Afghanistan, les moudjahidines ont
défini les buts d’al-Qaeda ainsi : non à la division, non aux
interventions étrangères, et nous ne combattons dans un lieu que si les oulémas
des musulmans sont d’accord sur le fait que le djihad dans ce lieu est une
obligation individuelle ».
Et Ossama ben Laden fut désigné chef d’al-Qaeda, pour sa bonne réputation
et sa personnalité charismatique, outre le fait qu’il était le plus important
financier des moudjahidines lors de leur guerre contre les Russes.
Concernant la position du gouvernement égyptien concernant le voyage des
Egyptiens à cette époque, Fâ’id expliqua que « l’Egypte n’avait pas
interdit à ses citoyens de rejoindre les moudjahidines arabes dans leur guerre
contre les Soviétiques, et qu’il y avait un accord entre le président américain
Ronald Reagan et le président défunt Anouar as-Sadate pour que l’Egypte envoie
des armes de fabrication russe aux moudjahidines en Afghanistan, qui nous sont
parvenues au port de Karachi au Pakistan en provenance du port de
Port-Saïd ».
En vérité, Fâ’id n’était pas le seul à partir pour rejoindre les rangs des
moudjahidines dans leur guerre contre les Russes, et l’on peut citer
aussi : ‘Alî al-Rachîdî, Ayman az-Zawâhirî, Abû Sahl al-Masriy, Abû Hafs
al-Masriy, Abû Khâlid al-Masriy dont le vrai nom était ‘Abdel ‘Azîz al-Gamal, et
qui était ex-officier de l’armée et participa aux événements de « la
technicité militaire », Mohammad Chawqî al-Islâmbûlî frère de Khâlid
al-Islâmbûlî (meurtrier du président défunt Anouar as-Sadâte) et ‘Omar ‘Abdel
Rahmân (un dirigeant de la Gamâ’a Islâmiya).
Et en réponse à la question : pourquoi avez-vous préféré participer au
djihad en Afghanistan plutôt que d’aller libérer Jérusalem, et liquider Israël,
par exemple, il répondit : Nous en tant que moudjahidines, nous nous
sommes référés à plusieurs faits à ce propos, parmi lesquels la nécessité
d’imiter le Prophète (Paix et bénédiction sur lui) dans sa guerre contre les
Byzantins, qui étaient les ennemis des Perses, eux-mêmes les ennemis jurés du
Prophète, et là, les intérêts des musulmans ont concordé avec les ennemis de
l’islam, et pourtant, le besoin a exigé alors de combattre les Byzantins et de
les anéantir, bien que cela soit dans l’intérêt des Perses ennemis de
l’islam ».
Poursuivant son explication des causes qui l’ont poussé à combattre les Russes
et non pas Israël, il dit : « L’Afghanistan était un vrai test pour
les moudjahidines, et s’ils réussissaient à ce test, et que les Russes étaient
vaincus, un modèle de l’Etat islamique allait être fondé, qui serait imité par
l’ensemble du monde islamique, qui se convaincrait que l’expérience des
islamistes au pouvoir pouvait réussir. Et la dernière raison réside dans le
fait que les circonstances permettant notre émigration en Afghanistan étaient
réunies, du fait que nombre de pays aidaient les moudjahidines, tandis qu’ils
les empêchaient d’envisager de combattre Israël ou d’émigrer pour cela ».
La CIA et les takfiriyoun (ceux qui traitent d’incroyants des musulmans)
A propos des organisations et cellules takfiristes au Sinaï, en Libye et en
Syrie, Fâ’id affirme qu’il n’y a pas de lien entre elles et l’organisation
al-Qaeda, car ces cellules et organisations ont été fondées par les services de
renseignements américains, pour avoir un prétexte pour s’ingérer dans les
affaires de ces pays. C’est ce que stipule la « loi sur le
terrorisme » élaborée par les Etats-Unis après les attaques du 11
septembre 2001, et aux termes de laquelle les Etats-Unis ont le droit
d’intervenir militairement dans n’importe quel pays où se trouve l’organisation
al-Qaeda pour la frapper. Cette loi a été appliquée en Afghanistan, en Irak et
en Somalie.
Concernant les liens du groupe des Frères avec l’organisation al-Qaeda, le
conseiller d’Ossama ben Laden a expliqué que la dirigeante frériste Zaynab
al-Ghazâlî a joué un rôle éminent dans l’encouragement des moudjahidines et
leur incitation au djihad contre les Russes. Quant au groupe des Frères
lui-même, son soutien aux moudjahidines arabes consistait en des orientations,
mais le groupe ment comme il respire et utilise la religion pour servir ses
intérêts, en exploitant tous les problèmes dans un sens servant ses intérêts
personnels, sans parler de la corruption de ses croyances.
Fâ’id a révélé que Zaynab al-Ghazali
était partie rejoindre les moudjahidines dans la ville de Peshawar située aux
frontières pakistano-afghanes et qu’elle avait rencontré Ayman az-Zawâhirî
(chef actuel de l’organisation al-Qaeda et ‘Abdallah ‘Azzâm (père spirituel des
moudjahidines arabes en Afghanistan), et qu’elle avait avoué aux moudjahidines qu’elle
n’avait pas écrit le livre « Des jours de ma vie » et que toutes les informations
contenues dans ce livre relatives à la torture durant le règne du président
Gamal ‘Abdel Nasser étaient fausses, et que c’étaient les dirigeants des Frères
qui l’avaient écrit pour gagner le peuple à leur cause.
Al-Ghazâlî ne fut pas la seule femme à soutenir le mouvement des
moudjahidines en Afghanistan, et elle fut rejointe par Qadariyya Mohammad ‘Ali,
mère de Khâlid al-Islâmbûlî (assassin du président Anouar as-Sadâte) qui partit
pour les camps de moudjahidines dans la ville de Peshawar où son second fils
Mohammad al-Islâmbûlî avait rejoint les rangs des moudjahidines en Afghanistan.
Pour conclure sur le rôle des femmes dans l’incitation au djihad contre les
Russes, la mère de Fâ’id a joué un rôle éminent dans l’encouragement de son
fils à aller en Afghanistan pour rejoindre les rangs des moudjahidines, car
alors qu’il n’était qu’un enfant, elle lui parlait des mérites du Djihad et de
la proximité du djihadiste avec Dieu, et elle développa en lui ce sentiment
jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de 18 ans, et elle décida alors de le pousser à
participer à la guerre contre les Russes, ce qu’il fit.
Selon lui, sa mère n’avait pas fait d’études, mais c’était une maîtresse de
maison, et elle était pieuse par nature, assistant à des cours de religion pour
les femmes au village d’Abou Hassira dépendant du gouvernorat de Damanhour, et
à écouter les sermons de certains cheikhs à la télévision, dont le cheikh
Mohammad Mutawalli ach-Cha’râwî.
L’Afghanistan et les Frères
Outre l’influence de sa mère, les sermons et fatwas de certains cheikhs
dans les mosquées affermirent sa détermination à partir combattre les Russes et
libérer l’Afghanistan et par la suite les autres pays musulmans – selon son
expression, outre sa lecture assidue de la revue Al-Bunyân al-Marsûs, publiée
par l’Union islamique dirigée par le cheikh ‘Abdrabb ar-Rasûl Sayyâf (docteur
en charia islamique).
Concernant le rôle des Frères lors de la guerre d’Afghanistan et l’appel à
la guerre sainte contre les Russes, Fâ’id a révélé que le groupe avait refusé
d’envoyer un quelconque de ses membres en Afghanistan, car ils croyaient qu’il
était nécessaire de pratiquer la guerre sainte en Egypte et de combattre
l’ennemi proche représenté par le régime au pouvoir et le gouvernement, et leur
rôle se limitait à collecter des fonds pour les moudjahidines afghans
seulement, et non pas tous les Arabes.
Parmi les personnalités des Frères les plus importantes dans la collecte
des dons en faveur des moudjahidines afghans – selon Fâ’id – figuraient les
deux dirigeants fréristes d’alors ‘Abdel Mun’im Abû al-Futûh et Kamâl
al-Helbâwî, tandis que le financement des Afghans arabes se faisait par des
efforts personnels, comme ce fut le cas avec Ossama ben Laden, ou par des dons
collectés par ‘Abdallah ‘Azzâm pour les moudjahidines.
Et de poursuivre qu’al-Qaeda était innocente de toutes les accusations qui
lui étaient adressées, s’agissant de l’exécution d’opérations terroristes dans
divers pays, dont les attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, affirmant
que c’étaient les Etats-Unis eux-mêmes qui avaient planifié et exécuté ces
attaques terroristes pour créer une « raison » d’intervenir dans les
affaires des autres pays et de les occuper pour piller leurs richesses.
Concernant son point de vue sur az-Zawâhirî et sur les messages vocaux
publiés de temps à autre par l’institution as-Sahâb, Fâ’id a indiqué
qu’az-Zawâhirî fut à l’origine des frappes contre l’organisation al-Qaeda et de
son effondrement. Il affirme qu’il a soit été tué avec Ossama ben Laden, soit
arrêté et qu’il est utilisé par les Etats-Unis pour envoyer de temps à autre
des messages déterminés, mais que l’organisation a effectivement disparu
officiellement depuis le meurtre de son chef Ossama ben Laden en mai 2011.