Réponse à la fatwa "d’Al-Addawi": Dr Abdelhalim Mansour déclaré à « Al Marja’e » : Les fatwas apostasiant les dirigeants sont fausses »

Par Hoor Sameh
Le prédicateur salafiste Mustafa Al Addawi a émis sur sa page Facebook
une fatwa apostasiant les dirigeants musulmans. Etant donné qu’Al-Azhar est
l'organe officiel chargé de la Fatwa et de répondre aux fatwas irrégulières
d’entre elles, le journal « Al Marja’e » (La référence) a eu un
entretien avec le vice-doyen de la faculté de charia et de droit à l'Université
Al Azhar Dr Halim Mansour pour clarifier la vraie position juridique de cette
fatwa.
« Cette fatwa est fausse, les médias devraient éviter de la diffuser et
toutes les fatwas similaires », déclare le Dr Abdel Halim Mansour en
réponse à une question d’Al-Marja’e, affirmant que « l'Etat suit la charia et
œuvre à faciliter l’application des obligations islamiques ; sachant qu’il
n’y a aucune preuve législative qui n’ait pas été révélée par Allah ».
Le vice-doyen de la faculté de charia et de droit indique qu’Al-Azhar
fournit d’inlassables efforts pour lutter contre l'idéologie extrémiste et les
idées étranges, tout comme il (Al-Azhar) surveille également ce type de fatwas
et y riposte. Il ne ménage aucun effort efforts humains ni matériels pour anéantir
cette pensée extrémiste.
Dr Mansour aura expliqué que les certains cheikhs se basent sur des interprétations
erronées des versets coraniques (pour émettre ce genre de fatwas, NDT), et que les
médias devraient nécessairement contribuer à amoindrir l’'intérêt porté sur
elles pour qu’elles n'affectent pas négativement la société afin de ne pas
élever une génération estampillée par l’idéologie extrémiste qui n’a rien à
voir avec l’Islam.
Il a souligné que son institution joue un rôle prépondérant face à ce
genre de fatwas erronées, notamment à travers l'Observatoire d’Al-Azhar pour
combattre l'extrémisme (Al-Azhar Observatory for Combating Extremism, AOCE) qui
se focalise à répondre aux fatwas irrégulières et erronées. Aussi faut-il
indiquer qu’il publie en plusieurs langues, en jouant son rôle de pionnier car
il est la première autorité religieuse (islamique) dans le monde qui illumine
celui par la religion authentique. « L'Observatoire d’Al-Azhar suit de
près les fatwas anormales et les pages (des sites) sur lesquelles elles sont
publiées pour émettre des réponses adéquates, dans le but de contrer cette
idéologie radicale qui ne propage que l'extrémisme et l'athéisme», indique
l’éminent cheikh azhari.
Par rapport à cette fatwa apostasiant les dirigeants, « Al-Azhar a
publié dans sa page officielle sur Facebook sur la nullité de leur abjuration de tous les gouvernements des
pays musulmans en appuyant leur argumentation par le verset coranique
suivant : « (…) Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait
descendre, les voilà les mécréants.» (Sourate 5. La table servie, Al
Ma'idah ; verset 44), a indiqué le vice-doyen de la faculté de la
charia.
Ajoutant que celui qui fut le premier à adopter cette interprétation
erronée est Sayed Qutb.
Sayed Qutb et l’abjuration
Peut-on lire dans le livre « A l'ombre du Coran » de Sayyid Qutb ce qui
suit : «Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre déclarent
ouvertement leur rejet de la divinité d’Allah et leur rejet de Sa singularité
par rapport à cette divinité. Aussi déclarent-ils leur rejet par leur travail
et leur réalité, même s’ils ne l’ont pas déclaré par les paroles. Le
langage de pratique et réel est plus fort et plus grand que celui de la parole.
» « Tandis que la Méthode des sunnites (Ahl al-Sunna) est que « l'infidélité »
(al kufr) est interprété de deux manières : par la mécréance (majeure)
apostasiant l’individu, ou bien par « koufr douna koufr », une mécréance (mineure)
en dessous de la mécréance (majeure). C’est-à-dire la mécréance mineure qui
n’apostasie pas l’individu.
Et Mansour d’éclaircir par les hadiths suivants :
·
« Commettre deux choses induit au kufr (mécréance):
remettre en question la généalogie et gémir sur les morts. » (Rapporté par Muslim).
·
« Injurier un musulman est une perversité, et
le combattre tient de l'incrédulité », approuvé par Mouslim.
·
« Ne devenez pas, après ma mort, des infidèles qui
s'entretuent les uns les autres. », approuvé par tous.
L'Imam Boukhari a, sous certaines rubriques du chapitre Al-Imâne dans
son Sahih, commenté l’expression : « Koufr douna koufr, dhoulm douna
dhoulm, fisq douna fisq » (Une mécréance en dessous de la mécréance (majeure),
une injustice en dessous de l'injustice (majeure), une perversité en dessous de
la perversité (majeure).» Il indique que le verset l’objet de débat va plutôt
dans le sens de : (Une mécréance en dessous de la mécréance (majeure),
Il est à noter que, le 02 mars 2015 à 21H15 l'un des partisans du cheikh
Mustafa Al Addawi, lui a posé une question en direct sur sa page Facebook lors
de son émission hebdomadaire de fatwas en ces termes : « Quelle position
ont les dirigeants qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait
descendre ? »
La réponse du cheikh à la question, tel qu’on l’entend à partir de la 24e
minute 36e seconde, jusqu’à
la 25e minutes et 46e secondes est la suivante: « S’ils
contestent le jugement d’Allah, ou disent que leur jugement est égal au Sien,
ils sont infidèles proscrits d'Islam ; en revanche, s’ils concèdent que le
jugement révélé par Allah est le meilleur jugement, mais qu’ils se sentent
faibles, leur jugement devient à ce moment-là de la mécréance majeure à la
mécréance mineure qui le péché, ; sauf s’ils sont vraiment incapables
d'appliquer la Charia… ».
Et de poursuivre: « (…) Autrement dit, l’expression ‘‘juger avec d’après
ce qu’Allah n’a pas descendre’’ nécessite de plus amples détails : S’il
dit que son jugement est meilleur ou égal au jugement d’Allah, il est de facto
apostasié et excommunié. Nonobstant, s’il dit que le jugement d’Allah est
le meilleur ; mais au cas où il dit : je suis dépassé ou forcé, il
n’apostasie donc pas. Il lui est appliqué le « Koufr douna koufr» (Une
mécréance en dessous de la mécréance (majeure), jusqu’à ce que son incapacité
soit vérifié, pour qu’il soit pardonné. Chaque cas doit être traité
individuellement.
Il est à noter bon nombre de cheikhs et d’émetteurs de fatwas s’appuient
sur le verset coranique suivant : « (…) Et ceux qui ne jugent pas
d’après ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les mécréants.» (Sourate
5. La table servie, Al Ma'idah ; verset 44). Tout comme les
interprètes du Coran et les imams se sont basés sur le même verset pour
apostasier les dirigeants.
Dans son interprétation de ce verset, (le compagnon du prophète
Muhammad) Ibn Abbas (Puisse Allah l’agrée) dit: Le fait qu’il soit emporté par
ses désirs à juger par ce qu'Allah n’a pas révélé, alors qu’il est convaincu
que le jugement d'Allah et de Son messager est juste, en reconnaissant
toutefois sa faute et sa maladresse, donne lieu à l’excommunier ; sinon
c’est quand même un grand péché, équivalent à l’adultère, l'alcoolisme, le vol,
le faux serment, etc. Etant donné que le péché qu’Allah a défini dans son Livre
comme étant de l’incrédulité est plus grand que le péché qu’Il n'a pas qualifié
d'incrédulité.