Publié par CEMO Centre - Paris
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Ismaïl Al-Mokadem, le père spirituel du salafisme à Alexandrie

jeudi 28/juin/2018 - 12:24
La Reference
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Walid Mansour

 

Mohamed Ismaïl Al-Mokadem est considéré comme le premier fondateur et le père spirituel de la daawa salafiste (l'appel au salafisme) à Alexandrie. D’ailleurs, de nombreux jeunes salafistes lui attribuent le mérite d’avoir lancé le salafisme. De même qu’il jouit d’une énorme célébrité au sein des groupes salafistes et il est l’une des rares figures de la daawa qui jouit de l’unanimité des différents groupes de mouvance islamiste que ce soit les mouvements de l’islam haraki (politisé) ou de l’islam djihadiste.

Mohamed Ismaïl Al-Mokadem, surnommé « Abi Farag » est né à Alexandrie en 1952. Il y a grandi et il était parmi les amateurs du groupe « Ansar Al-Sounah Al-Mohamadiya » (Les partisans de la sounah du Prophète Mohamed) qui était propagé dans les recoins de l’Egypte à l’époque. Puis, il a entamé ses études à la faculté de médecine, département de la chirurgie. Suite à cela, il a entamé ses études à la faculté de charia à l’Université d’Al-Azhar et y a étudié la jurisprudence islamique.

Al-Mokadem est considéré comme la figure la plus importante du mouvement salafiste. Il préparait les recherches scientifiques pour les remettre aux étudiants de la faculté de médecine, il a même publié bon nombre de recherches scientifiques avant d’achever ses études à la faculté de médecine.

Al-Mokadem a dispensé plusieurs cours de religion à la mosquée Ebad Al-Rahmane, premier fief du salafisme à Alexandrie ainsi que dans une des mosquées du quartier de Talbia, gouvernorat de Guiza.

Au début des années 70, les universités égyptiennes ont connu la montée évidente du mouvement de l’islam haraki (politisé) sous l’appellation « Al-Gamaa Al-islamiya » (le groupe islamique). Parmi ses figures de proue figuraient Essam Al-Eriane, Abdel Moneim Aboul  Fotouh, Hélmi Al-Gazar, Mohamed Abdel Fattah Abou Idris, Nageh Ibrahim, Karam Zohdi, Aboul Ela Madi et Essam Sultan.

Al-Mokadem a assumé la charge de préparer et d’organiser les camps d’adhésion des jeunes au « Groupe islamique ». Toutefois, après la sortie d’un grand nombre des leaders de la Confrérie des Frères musulmans des prisons suite au décret du président Anouar Sadate, les Frères musulmans ont cherché à contrôler les jeunes et ont réussi à recruter un grand nombre parmi eux dans leurs rangs, d’autres jeunes se sont orientés vers le « Groupe islamique » fondé par Karam Zohdi.

Durant cette période, Ismaïl Al-Mokadem- avec Ahmed Farid, Saïd Abdel Azim, Mohamed Abdel Fattah Abou Idris- ont formé ce qui est appelé de nos jours « la daawa salafiste » en 1977, son bras politique était le parti Al-Nour (la lumière). Il s’agit de l’unique parti de l’islam politisé qui a pu s’accaparer de quelques sièges au Parlement égyptien.

Al-Mokadem a été accusé d’être un des membres qui ont pris part aux incidents d’Al-Mahdi Al-Montazar à la Sainte Mosquée à la Mecque, qui avait eu comme résultat la mort d’un certain nombre de personnes en 1979. En effet,  Juhaiman Al-Utaïbi avait annoncé que son beau-frère Mohammed Ben Abdallah Al Qahtani est le Mahdi attendu et le calife des Musulmans. Al-Utaïbi a appelé tous les Musulmans à lui prêter allégeance. Ce qui a causé effusion de sang au sein de la Sainte Mosquée à la Mecque. Un grand nombre d’oulémas saoudiens étaient intervenus pour libérer Al-Mokadem qui était sur les lieux à l’époque, dont le Cheikh Ibn Baz, Mufti d’Arabie saoudite. Le nom d’Al-Mokadem a également été cité dans l’affaire « Ecole technique militaire » en 1974 et qui avait été gérée par Saleh Séria.

Dans ses cours et ses livres, Al-Mokadem s'est intéressé à un grand nombre d’affaires contemporaines. Il a aussi consacré ses cours afin de parler des affaires publiques et politiques malgré l’étau sécuritaire imposé contre ces groupes dans les années 90 et au début du troisième millénaire.  Dans l’un de ses cours baptisé « conseil objectif aux courants dijahdistes, il a répondu aux groupes et organisations terroristes qui adoptent la violence. Ainsi a-t-il abordé les suspicions des groupes djihadistes dont : le mélange entre les verdicts du djihad et ceux de se révolter contre les dirigeants ». De même qu’il a répondu à l’accusation de taxer les soldats de mécréance et aux propos d’après lesquels « les pays des musulmans seraient des pays de mécréance ». Après l’animation de ce cours, Ayman Al-Zawahri, adjoint du leader d’Al-Qaïda lui a répondu à l’époque en lui consacrant toute une séance.

Discours enflammé contre le Hezbollah

Pendant l’attaque israélienne contre le Liban en 2006, Al-Mokadem a fait un discours enflammé contre le Hezbollah sous la houlette d’Hassan Nasrallah. C’est ce qui lui (Al-Mokadem) a valu une attaque sulfureuse de la part des membres des Frères musulmans. Durant cette période, les Frères musulmans adoptaient la défense de la cause palestinienne et par la suite ils considéraient Nasrallah comme étant un des symboles de ladite cause. Cela n’a pourtant pas dissuadé Al-Mokadem quant à sa position contre le projet chiite iranien. Il a dispensé plusieurs cours et écrit un grand nombre d’ouvrages dénonçant le projet iranien dans la région arabe.

Avant la révolution du 25 janvier 2011, Al-Mokadem refusait l’idée des manifestations sous prétexte qu’elles sont vaines. Après la révolution, la daawa salafiste a profité de la démission contrainte de l’ancien président Hosni Moubarak le 11 février 2011. Al-Mokadem a formé officiellement - avec Cheikh Dr Yasser Borhami, Saïd Abdel Azim, Ali Hatem, Mohamed Abdel-Fattah Abi Idris, Dr Ahmed Farid, Ahmed Hotiba-  l’association « Al-Daawa Al-Salafiya ». Mohamed Abdel Fattah Abi Idris avait été choisi comme son PDG et ses deux adjoints étaient Yasser Borhami et Ismaïl Al-Mokadem.

Al-Mokadem était enthousiasmé de créer un parti politique qui représente « la daawa salafiste » dans la vie politique alors qu’avant la révolution, il trouvait que l’action politique était une « perte de temps et de la daawa ». D’où, le parti Al-Nour (La lumière) a été fondé le 12 mai 2011  devenant l'unique représentant de la « Daawa salafiste ». Il a obtenu 20% des voix aux premières élections parlementaires après la révolution du 25 janvier 2011, s’accaparant de 111 sièges au Parlement.

Après les incidents du 30 juin 2013, Mohamed Morsi est évincé du pouvoir. Al-Mokadem arrête les cours et les fatwahs (avis religieux donnés par un cheikh). Il a annoncé que ce qui se passe est une « sédition » et qu’il va « se retirer totalement ». En plus, le conseil d’administration de la « Daawa salafiste » a annoncé la sortie d’Al-Mokadem dudit conseil pour son état de santé et son absentéisme aux réunions du conseil à la fin de 2013 et en 2016.

Depuis 2013, Al-Mokadem n’est apparu en public à part deux fois au cours desquelles il a prononcé deux prêches : le premier était à Ras Al-Hekma à Matrouh et le second, à Al-Amériah à Alexandrie.

 

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