Publié par CEMO Centre - Paris
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Oussama Dorra, un Frère musulman qui s’est révolté contre l’Islam et devient apostat

jeudi 28/juin/2018 - 12:23
La Reference
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Islam Mohamed

Il est toujours sous les lumières là où il va, elles le cherchent : il s’agit d’Oussama Dorra, anciennement activiste ikhwan et actuellement irréligieux. Les contradictions qu’il a vues au sein de la Confrérie des Frères musulmans (fondée par Hassan Al-Banna en Egypte en 1928) a quitté l’Islam refusant de séparer entre l’Islam comme religion céleste et le comportement de certaines personnes adoptant cette religion.

Dans le contexte de son interprétation de cette apostasie profonde et son passage total d’un activiste célèbre au sein de la Confrérie des Frères musulmans à un irréligieux qui est plein de contradictions et de troubles, il a dit : «  ceux, qui se sont nommés gardiens de la croyance et qui ont hissé le drapeau de la religion, et qui pensent qu’ils sont dans une mission sacrée, qu’ils méritent de gouverner le pays, qu’ils sont plus proches de Dieu et mieux que les gens, mentent, ne tiennent pas leurs promesses et font des accords dont nous doutons de l’innocence. Ceux-ci propagent les rumeurs qui sont à leur gré, ils idolâtrent leurs leaders, et portent atteinte à l’honneur de ceux qui s’opposent à leurs points de vue. Ils mettent de côté la justice sociale si elle s’oppose à leur gré. Est-ce la religion ? Bien, ma religion est tout autre que la vôtre ».

C’est ainsi que Dorra a résumé le choc psychologique qu’il a vécu au sein de la Confrérie qui était une partie viscérale de son entité. D’ailleurs, elle est à l'origine de sa célébrité en tant que jeune ikhwan.  Il a écrit un ouvrage intitulé « De l’intérieur des Frères musulmans, je parle ». Dans son ouvrage, il aborde le rôle négatif de la Confrérie des Frères musulmans sur la société et comment a-t-elle porté préjudice à l’Islam à travers le comportement de ses membres d’autant plus que la Confrérie a créé un lien entre la croyance et l’attitude de ses membres pour auréoler leurs actes et leur donner un caractère sacré.

Il soulève également une question dans son livre : « Sommes-nous responsables ? Nous avons exploité l’Islam comme un slogan partisan, nous avons fait de l’Islam une arme avec laquelle nous nous battons ? Sommes-nous alors une barricade entre celui qui gouverne et l’Islam ? Sommes-nous égarés de la voie de Dieu sans nous rendre compte ?

Crise avec la Confrérie

Ces interrogations hantaient l’esprit du jeune confus qui s’est retrouvé au sein d’un conflit entre son esprit et sa réalité. Au début, il n’a pas trouvé le courage à se confronter à la réalité. Il a alors cherché des excuses et a fait confiance aux bonnes intentions de la Confrérie des Frères musulmans dans le cadre de laquelle il a grandi et dont les leaders lui ont fait comprendre qu’ils sont sa famille et non le reste de la société. Mais la souffrance de son esprit l’a poussé à poser ces questions dans son livre qui ressemble aux mémoires d’un homme perdu qui ne trouve pas sa voie. Les journaux ont alors commencé à l'interviewer, à publier ses idées, ses interrogations et ses critiques.

C’est la chose qui a provoqué une crise avec la Confrérie qui ne montre aucun laxisme concernant l’appartenance, la confiance et l’obéissance aveugle. Certains leaders, de rangs inférieurs, au sein de la Confrérie ont pris la décision de suspendre son membership après une longue interview qu’il a accordée à l’un des journaux. Une suspension qui a été levée après l’intervention d’Abdel Moneim Aboul Fotouh, membre du Conseil consultatif (la choura) de la Confrérie.

Puis, la révolution du 25 janvier a éclaté et le régime de Moubarak a été destitué après 18 jours seulement de protestations et de manifestations. Dorra a alors publié un ouvrage intitulé « De la Confrérie à la place Tahrir » dans lequel il évalue la Confrérie des Frères musulmans avant et pendant la révolution. Il y donne des conseils aux Frères musulmans pour la période de l’après-révolution. Il raconte des scènes qu’il a vues sur la place Tahrir.

La révolution qui a enflammé la liberté dans l’esprit de nombreux jeunes a alimenté la rébellion au climax chez Dorra. Il a annoncé alors sa démission de la Confrérie le 17 mai 2011. A partir de ce moment, il se permet librement de critiquer la Confrérie et de dévoiler ses lacunes structurelles.

Dans sa démission, Dorra a décrit le parti de la Liberté et de la Justice, bras politique de la Confrérie des Frères musulmans, d'être incapable de subvenir au besoin de la société, de voir les Frères musulmans comme  un organe naturel faisant partie de la patrie. Il a considéré que la « le groupe influent au sein du conseil exécutif de la Confrérie appartient aux années 60 du siècle dernier et qu’il a fait avorter son espoir ». Il a souligné que ce groupe n’a fait que reproduire l’ancienne version de la Confrérie qui a cherché à contrôler d’une manière encore plus gênante qu’auparavant les partenaires de la patrie ».

L’apostasie

 Le jeune homme a quitté la Confrérie, mais il n’a pas pu se libérer de sa façon de concevoir la religion. Les interrogations et la confusion ont continué à le hanter et il n’a pas trouvé de réconfort. L’attitude qu’il a vue au sein de la Confrérie n’est point le rêve qu’il a vécu, ni même les idées qu’il a adoptées. Le 24 octobre 2012, il a annoncé son rejet de l’Islam quatre mois après que les Frères musulmans ont pris le pouvoir en main. Il a interprété son attitude par ce qu’il a vu au sein de la Confrérie.

Dorra a dit : « Beaucoup cherchent à interpréter ma position vis-à-vis de la croyance en évoquant mon ancienne appartenance aux Frères musulmans, puis mon long débat avec eux, et ma démission et ce sont des vérités, mais des vérités exploitées pour véhiculer des allégations. En général, ceux-là veulent donner l’impression que c’est un coup de tête ou encore un choc ».

Après s’être défait de l’Islam, il a commencé à raconter son expérience avec beaucoup de fierté en disant : « Comme c’est mon habitude, je sais bien briser les prototypes et créer la nouveauté. Je sais de temps à autre franchir avec audace les lignes rouges ».

Avec la même fierté, il raconte- d’après ses propres termes-  qu’il a eu plus d’audace que ceux qui n’ont pas eu le courage de lui emboîter les pas sur cette voie. Cette voie qu’il trouve comme étant une phase transitoire après laquelle il pourrait revenir à l’Islam encore une fois ou qu’il pourrait poursuivre sa voie soit en cherchant un nouveau chemin, soit en adoptant une nouvelle approche. Il s’était donné un délai de deux ans pour changer de voie. Ce délai a expiré sans qu’un changement ne se fasse.   

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