Oussama Dorra, un Frère musulman qui s’est révolté contre l’Islam et devient apostat

Islam Mohamed
Il est toujours sous les lumières là où il va,
elles le cherchent : il s’agit d’Oussama Dorra, anciennement activiste
ikhwan et actuellement irréligieux. Les contradictions qu’il a vues au sein de
la Confrérie des Frères musulmans (fondée par Hassan Al-Banna en Egypte en
1928) a quitté l’Islam refusant de séparer entre l’Islam comme religion céleste
et le comportement de certaines personnes adoptant cette religion.
Dans le contexte de son interprétation de
cette apostasie profonde et son passage total d’un activiste célèbre
au sein de la Confrérie des Frères musulmans à un irréligieux qui est plein de
contradictions et de troubles, il a dit : « ceux, qui se sont nommés
gardiens de la croyance et qui ont hissé le drapeau de la religion, et qui
pensent qu’ils sont dans une mission sacrée, qu’ils méritent de gouverner le
pays, qu’ils sont plus proches de Dieu et mieux que les gens, mentent, ne
tiennent pas leurs promesses et font des accords dont nous doutons de
l’innocence. Ceux-ci propagent les rumeurs qui sont à leur gré, ils idolâtrent
leurs leaders, et portent atteinte à l’honneur de ceux qui s’opposent à leurs
points de vue. Ils mettent de côté la justice sociale si elle s’oppose à leur
gré. Est-ce la religion ? Bien, ma religion est tout autre que la
vôtre ».
C’est ainsi que Dorra a résumé le choc
psychologique qu’il a vécu au sein de la Confrérie qui était une partie
viscérale de son entité. D’ailleurs, elle est à l'origine de sa célébrité
en tant que jeune ikhwan. Il a écrit un ouvrage intitulé « De
l’intérieur des Frères musulmans, je parle ». Dans son ouvrage, il aborde
le rôle négatif de la Confrérie des Frères musulmans sur la société et comment
a-t-elle porté préjudice à l’Islam à travers le comportement de ses membres
d’autant plus que la Confrérie a créé un lien entre la croyance et l’attitude
de ses membres pour auréoler leurs actes et leur donner un caractère sacré.
Il soulève également une question dans son
livre : « Sommes-nous responsables ? Nous avons exploité l’Islam
comme un slogan partisan, nous avons fait de l’Islam une arme avec laquelle
nous nous battons ? Sommes-nous alors une barricade entre celui qui gouverne
et l’Islam ? Sommes-nous égarés de la voie de Dieu sans nous rendre
compte ?
Crise avec la Confrérie
Ces interrogations hantaient l’esprit du jeune
confus qui s’est retrouvé au sein d’un conflit entre son esprit et sa réalité.
Au début, il n’a pas trouvé le courage à se confronter à la réalité. Il a alors
cherché des excuses et a fait confiance aux bonnes intentions de la
Confrérie des Frères musulmans dans le cadre de laquelle il a grandi et dont
les leaders lui ont fait comprendre qu’ils sont sa famille et non le reste de
la société. Mais la souffrance de son esprit l’a poussé à poser ces questions
dans son livre qui ressemble aux mémoires d’un homme perdu qui ne trouve pas sa
voie. Les journaux ont alors commencé à l'interviewer, à publier ses idées, ses
interrogations et ses critiques.
C’est la chose qui a provoqué une crise avec la
Confrérie qui ne montre aucun laxisme concernant l’appartenance, la confiance
et l’obéissance aveugle. Certains leaders, de rangs inférieurs, au sein de
la Confrérie ont pris la décision de suspendre son membership après une longue
interview qu’il a accordée à l’un des journaux. Une suspension qui a été levée
après l’intervention d’Abdel Moneim Aboul Fotouh, membre du Conseil consultatif
(la choura) de la Confrérie.
Puis, la révolution du 25 janvier a éclaté et le
régime de Moubarak a été destitué après 18 jours seulement de protestations et
de manifestations. Dorra a alors publié un ouvrage intitulé « De la
Confrérie à la place Tahrir » dans lequel il évalue la Confrérie des
Frères musulmans avant et pendant la révolution. Il y donne des conseils aux
Frères musulmans pour la période de l’après-révolution. Il raconte des scènes
qu’il a vues sur la place Tahrir.
La révolution qui a enflammé la liberté dans
l’esprit de nombreux jeunes a alimenté la rébellion au climax chez Dorra. Il a
annoncé alors sa démission de la Confrérie le 17 mai 2011. A partir de ce
moment, il se permet librement de critiquer la Confrérie et de dévoiler ses
lacunes structurelles.
Dans sa démission, Dorra a décrit le parti de la
Liberté et de la Justice, bras politique de la Confrérie des Frères musulmans,
d'être incapable de subvenir au besoin de la société, de voir les Frères
musulmans comme un organe naturel faisant partie de la patrie. Il a considéré
que la « le groupe influent au sein du conseil exécutif de la Confrérie
appartient aux années 60 du siècle dernier et qu’il a fait avorter son
espoir ». Il a souligné que ce groupe n’a fait que reproduire l’ancienne
version de la Confrérie qui a cherché à contrôler d’une manière encore plus
gênante qu’auparavant les partenaires de la patrie ».
L’apostasie
Le jeune homme a quitté la Confrérie, mais
il n’a pas pu se libérer de sa façon de concevoir la religion. Les
interrogations et la confusion ont continué à le hanter et il n’a pas trouvé de
réconfort. L’attitude qu’il a vue au sein de la Confrérie n’est point le rêve
qu’il a vécu, ni même les idées qu’il a adoptées. Le 24 octobre 2012, il a
annoncé son rejet de l’Islam quatre mois après que les Frères musulmans ont
pris le pouvoir en main. Il a interprété son attitude par ce qu’il a vu au sein
de la Confrérie.
Dorra a dit : « Beaucoup cherchent à
interpréter ma position vis-à-vis de la croyance en évoquant mon ancienne
appartenance aux Frères musulmans, puis mon long débat avec eux, et ma
démission et ce sont des vérités, mais des vérités exploitées pour véhiculer
des allégations. En général, ceux-là veulent donner l’impression que c’est un
coup de tête ou encore un choc ».
Après s’être défait de l’Islam, il a commencé à
raconter son expérience avec beaucoup de fierté en disant : « Comme
c’est mon habitude, je sais bien briser les prototypes et créer la nouveauté.
Je sais de temps à autre franchir avec audace les lignes rouges ».
Avec la même fierté, il raconte- d’après ses
propres termes- qu’il a eu plus d’audace que ceux qui n’ont pas eu le
courage de lui emboîter les pas sur cette voie. Cette voie qu’il trouve comme
étant une phase transitoire après laquelle il pourrait revenir à l’Islam encore
une fois ou qu’il pourrait poursuivre sa voie soit en cherchant un nouveau
chemin, soit en adoptant une nouvelle approche. Il s’était donné un délai de
deux ans pour changer de voie. Ce délai a expiré sans qu’un changement ne se
fasse.