Publié par CEMO Centre - Paris
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Abou Tourabi, le sauveur de Khamenei de la colère révolutionnaire

jeudi 28/juin/2018 - 12:18
La Reference
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Abdul Hadi Rabie

Lorsque le calme est revenu dans la ville iranienne de Mashhad, après les protestations du 28 Décembre 2017 contre les mauvaises conditions économiques, dues aux sanctions imposées à l'Iran en raison de son programme nucléaire, le guide suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah, Ali Husseini Khamenei (né en 1939), a essayé d'attirer les jeunes manifestants.

Khamenei a nommé un imam temporaire pour la prière du vendredi à Téhéran (l’imam nommé à ce poste avait un statut éminent car c’est lui qui transmet les messages du guide en Iran et à l’étranger). Le guide suprême de la révolution a choisi l’ayatollah, Muhammad Hassan Abou, Tourabi (qui a récemment obtenu le titre de Hodjat Al-Islam) comme cinquième orateur temporaire, dans une tentative d’attirer les jeunes. Abou Tourabi appartient en effet à la génération intermédiaire connue pour ses orientations religieuses moins strictes. Khamenei nommait habituellement l’orateur de manière temporaire pour un seul sermon.

Mohammed Hassan Abou Tourabi est né dans la ville iranienne de Qom en 1932. Il fait ses études religieuses à la ville sainte de Najaf auprès du Hawza (grand séminaire) chiite de Najaf. Il fait ses débuts en politique en 1964. Il transmettait les messages et les déclarations de Khomeini d'Irak en Arabie Saoudite.

Il s’implique davantage dans la politique iranienne après la révolution islamique (1979). En tant que homme de religion, il accompagne l'armée iranienne sur le front au centre et au sud de l’Irak. En reconnaissance de ses efforts scientifiques, religieux et politiques, Mohammed Al-Sadr le nomme en 1993 par décret, représentant de Wilayet Al-Faquih (principe qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique) à l'Université Internationale de l’Imam Khomeini à Qazouin.

Il obtient ensuite le titre de Houdjet Al-Islam (titre équivalent à un doctorat scientifique dans les séminaires chiites, inférieur à celui de Ayatollah). Il est alors le deuxième savant iranien à recevoir ce titre après Houdjat Al-Islam wal Mouslimine, Kazem Siddiqui.

Les positions d’Abou Tourabi

Il est élu premier président adjoint du Majlis iranien (parlement) pour deux sessions consécutives, après avoir été élu député dans la circonscription électorale de Qazvine au nord du pays, et ce pendant trois sessions successives à partir de l’année 2005. Les grands événements politiques et religieux se succèdent et en 2011 il est nommé par le guide de la révolution, membre du Conseil suprême de règlement des litiges (Conseil gouvernemental).

Abu Tourabi est ensuite nommé membre au Conseil suprême des universités (qui dépend du guide) et du Département des affaires politiques et constitutionnelles à l’époque de l'imam Khomeini. En 2013, il brigue le poste de président de la République, mais la Commission électorale de l’Assemblée des experts invalide sa candidature pour « manque de compétences ». Il était alors soutenu par la coalition fondamentaliste dont il fait partie avec quatre autres membres : Mostafa Pour-Mohammadi, Yahya Al-Ishaq, Mohammad Reza Bahn et Manuchehr Mottaki. La décision de son exclusion a été prise à la majorité.

En tant que député au parlement iranien, Abou Tourabi adopte la position officielle et cachée de son pays qui consiste à soutenir les factions chiites dans la région arabe. Dans ce contrexte, il a donné des cours aux membres de ces factions.

En 2014, il déclare dans une interview que « ceux qui détiennent le pouvoir aujourd’hui au Liban, et qui dirigent la politique dans ce pays, appartiennent à l'École du fondateur de la révolution iranienne, l’imam Khomeini .. Nous devons nous préparer à cette nouvelle phase politique, où l'Iran sera un acteur clé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ».

Abou Tourabi soutient aussi le rôle de l'Iran en Irak. « L’Iran a un rôle positif dans ce pays à travers les Bassidj (Force de mobilisation de la résistance). Cette force, composée de volontaires civils, hommes et femmes, a été créé sur ordre de l'ancien guide de la Révolution islamique Rouhollah Khomeini en Novembre 1979.

Abou Tourabi et la Syrie

Abou Tourabi pense que le problème de la Syrie réside dans les ingérences des autres pays, en particulier les Etats-Unis. Ingérences fomentées par le Mossad sioniste et soutenues par les pétrodollars. Abou Tourabi a adopté la position officielle de l'Iran concernant le dossier de Jérusalem. Lors d’un discours devant le parlement iranien, il a appelé le peuple iranien et les musulmans du monde entier à « prendre part à des marches pacifiques pour soutenir Jérusalem».

Abou Tourabi a été choisi comme orateur temporaire pour la prière du vendredi à Téhéran, malgré la présence d’autres érudits chiites qui possèdent le titre de Ayatollah et de Houdjat Al-Islam, parmi lesquels le guide suprême de la révolution iranienne choisissait souvent l’imam temporaire de la prière du vendredi. Il y avait quatre imams temporaires qui se relayaient pour la prière du vendredi à Téhéran : l'ayatollah Ahmad Jannati, président du conseil des experts et du Conseil gardien de la Constitution, l'ayatollah Ahmad Khatami, membre du comité directeur de l’Assemblée des experts, l’ayatollah Mohammad Ali Movahedi Kermani, membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, et Houdjet Al-Islam Kazim Siddiqui.

Le choix d’Abou Tourabi en dehors de ce quatuor comme orateur temporaire, confirme que les intentions du guide suprême de la révolution iranienne d’adopter une nouvelle politique après la vague de protestations qui a balayé l’Iran, surtout qu’Abou Tourabi jouissait d’un statut éminent parmi les jeunes iraniens depuis qu'il était représentant de Wilayet Al-Faqih à l'Université de Téhéran, et qu’il était proche des courants réformistes qui ont soutenu sa candidature à l'élection présidentielle de 2013.

Abou Tourabi a essayé de transmettre ces messages du Guide suprême lors du sermon du vendredi, le 16 Février 2018. Il a dit : « En participant aux manifestations du 11 Février, date qui marque l'anniversaire de la victoire de la Révolution islamique en Iran, le peuple iranien a confirmé son attachement aux principes de l'Imam Khomeini ». Abou Tourabi a considéré que ces manifestations étaient porteuses d’un message sur la nécessité de « renforcer la cohésion entre le peuple et le guide de la révolution », et cela est tout à fait incompatible avec ce à quoi aspiraient les jeunes qui se révoltaient contre les mauvaises conditions économiques.

 

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