Abou Tourabi, le sauveur de Khamenei de la colère révolutionnaire

Abdul Hadi Rabie
Lorsque le calme est revenu dans la ville
iranienne de Mashhad, après les protestations du 28 Décembre 2017 contre les
mauvaises conditions économiques, dues aux sanctions imposées à l'Iran en
raison de son programme nucléaire, le guide suprême de la révolution iranienne,
l'ayatollah, Ali Husseini Khamenei (né en 1939), a essayé d'attirer les jeunes
manifestants.
Khamenei a nommé un imam temporaire pour la prière
du vendredi à Téhéran (l’imam nommé à ce poste avait un statut éminent car
c’est lui qui transmet les messages du guide en Iran et à l’étranger). Le guide
suprême de la révolution a choisi l’ayatollah, Muhammad Hassan Abou, Tourabi
(qui a récemment obtenu le titre de Hodjat Al-Islam) comme cinquième orateur
temporaire, dans une tentative d’attirer les jeunes. Abou Tourabi appartient en
effet à la génération intermédiaire connue pour ses orientations religieuses
moins strictes. Khamenei nommait habituellement l’orateur de manière temporaire
pour un seul sermon.
Mohammed Hassan Abou Tourabi est né dans la ville
iranienne de Qom en 1932. Il fait ses études religieuses à la ville sainte de
Najaf auprès du Hawza (grand séminaire) chiite de Najaf. Il fait ses débuts en
politique en 1964. Il transmettait les messages et les déclarations de Khomeini
d'Irak en Arabie Saoudite.
Il s’implique davantage dans la politique
iranienne après la révolution islamique (1979). En tant que homme de religion,
il accompagne l'armée iranienne sur le front au centre et au sud de l’Irak. En
reconnaissance de ses efforts scientifiques, religieux et politiques, Mohammed
Al-Sadr le nomme en 1993 par décret, représentant de Wilayet Al-Faquih
(principe qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique) à
l'Université Internationale de l’Imam Khomeini à Qazouin.
Il obtient ensuite le titre de Houdjet Al-Islam
(titre équivalent à un doctorat scientifique dans les séminaires chiites,
inférieur à celui de Ayatollah). Il est alors le deuxième savant iranien à
recevoir ce titre après Houdjat Al-Islam wal Mouslimine, Kazem Siddiqui.
Les positions d’Abou Tourabi
Il est élu premier président adjoint du Majlis
iranien (parlement) pour deux sessions consécutives, après avoir été élu député
dans la circonscription électorale de Qazvine au nord du pays, et ce pendant
trois sessions successives à partir de l’année 2005. Les grands événements
politiques et religieux se succèdent et en 2011 il est nommé par le guide de la
révolution, membre du Conseil suprême de règlement des litiges (Conseil
gouvernemental).
Abu Tourabi est ensuite nommé membre au Conseil
suprême des universités (qui dépend du guide) et du Département des affaires
politiques et constitutionnelles à l’époque de l'imam Khomeini. En 2013, il brigue
le poste de président de la République, mais la Commission électorale de
l’Assemblée des experts invalide sa candidature pour « manque de
compétences ». Il était alors soutenu par la coalition fondamentaliste dont
il fait partie avec quatre autres membres : Mostafa Pour-Mohammadi, Yahya
Al-Ishaq, Mohammad Reza Bahn et Manuchehr Mottaki. La décision de son exclusion
a été prise à la majorité.
En tant que député au parlement iranien, Abou
Tourabi adopte la position officielle et cachée de son pays qui consiste à
soutenir les factions chiites dans la région arabe. Dans ce contrexte, il a
donné des cours aux membres de ces factions.
En 2014, il déclare dans une interview que « ceux
qui détiennent le pouvoir aujourd’hui au Liban, et qui dirigent la politique
dans ce pays, appartiennent à l'École du fondateur de la révolution iranienne,
l’imam Khomeini .. Nous devons nous préparer à cette nouvelle phase politique,
où l'Iran sera un acteur clé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ».
Abou Tourabi soutient aussi le rôle de l'Iran en
Irak. « L’Iran a un rôle positif dans ce pays à travers les Bassidj (Force de mobilisation de la résistance). Cette
force, composée de volontaires civils, hommes et femmes, a été créé sur ordre
de l'ancien guide de la Révolution islamique Rouhollah Khomeini en Novembre
1979.
Abou Tourabi et la Syrie
Abou Tourabi pense que le problème de la Syrie
réside dans les ingérences des autres pays, en particulier les Etats-Unis.
Ingérences fomentées par le Mossad sioniste et soutenues par les pétrodollars.
Abou Tourabi a adopté la position officielle de l'Iran concernant le dossier de
Jérusalem. Lors d’un discours devant le parlement iranien, il a appelé le
peuple iranien et les musulmans du monde entier à « prendre part à des
marches pacifiques pour soutenir Jérusalem».
Abou Tourabi a été choisi comme orateur temporaire
pour la prière du vendredi à Téhéran, malgré la présence d’autres érudits
chiites qui possèdent le titre de Ayatollah et de Houdjat Al-Islam, parmi
lesquels le guide suprême de la révolution iranienne choisissait souvent l’imam
temporaire de la prière du vendredi. Il y avait quatre imams temporaires qui se
relayaient pour la prière du vendredi à Téhéran : l'ayatollah Ahmad
Jannati, président du conseil des experts et du Conseil gardien de la
Constitution, l'ayatollah Ahmad Khatami, membre du comité directeur de
l’Assemblée des experts, l’ayatollah Mohammad Ali Movahedi Kermani, membre du
Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, et Houdjet Al-Islam
Kazim Siddiqui.
Le choix d’Abou Tourabi en dehors de ce quatuor
comme orateur temporaire, confirme que les intentions du guide suprême de la
révolution iranienne d’adopter une nouvelle politique après la vague de
protestations qui a balayé l’Iran, surtout qu’Abou Tourabi jouissait d’un
statut éminent parmi les jeunes iraniens depuis qu'il était représentant de
Wilayet Al-Faqih à l'Université de Téhéran, et qu’il était proche des courants
réformistes qui ont soutenu sa candidature à l'élection présidentielle de 2013.
Abou Tourabi a essayé de transmettre ces messages
du Guide suprême lors du sermon du vendredi, le 16 Février 2018. Il a dit : « En
participant aux manifestations du 11 Février, date qui marque l'anniversaire de
la victoire de la Révolution islamique en Iran, le peuple iranien a confirmé
son attachement aux principes de l'Imam Khomeini ». Abou Tourabi a
considéré que ces manifestations étaient porteuses d’un message sur la
nécessité de « renforcer la cohésion entre le peuple et le guide de la
révolution », et cela est tout à fait incompatible avec ce à quoi
aspiraient les jeunes qui se révoltaient contre les mauvaises conditions
économiques.