Al-Goulani… De la lutte contre Al-Assad au coup de tête avec Al-Zawahiri

Le Front Al-Nosra
(actuellement l’Organisation de Libération du Levant) s’est formé au mois de
janvier 2012 de combattants professionnels dans le but de combattre le régime
de Bachar Al-Assad. Il a continué à travailler en tant qu’entité indépendante
luttant contre le régime syrien. A l’époque, le leader de l’Organisation Abou
Mohamed Al-Goulani, a évité de prêter allégeance ou loyauté à Al-Qaïda ou toute
autre organisation djihadiste.
Après que Daech a
contrôlé d’immenses espaces en Syrie en avril 2013, Abou Bakr Al-Baghdadi, son
leader, a annoncé l’unification de deux organisations : Le Front
Al-Nosra et l’Etat islamique en Irak pour former une seule entité « L’Etat
islamique en Irak et au Levant ». Mais cette alliance s’est vite dissoute
après qu’Al-Goulani a refusé l’invitation d’Al-Baghdadi. Dans une vidéo
filmée en avril 2013, Al-Goulani a annoncé son allégeance au leader d’Al-Qaïda,
Ayman Al-Zawahiri et a demandé son arbitrage dans l’affaire de l’unification
des deux organisations. A l’époque, Al-Zawahri a annoncé son refus de cette
coalition et a appelé Daech à lutter contre les Américains en Irak et laisser
l’espace djihadiste en Syrie au Front Al-Nosra, ce qu’a refusé Daech.
Une étape surprenante est
survenue en juillet 2016 lorsqu’Al-Goulani a annoncé qu’il se désengage de son
union avec Al-Qaïda, changeant le nom de « Front Al-Nosra » à
«Organisation de libération du Levant ». Alors qu’Al-Zawahiri n’a pas
répondu à ce désengagement, cette annonce a été la cause de scissions au sein
d’Al-Nosra. Deux courants se sont manifestés. Le premier refuse la séparation
d’Al-Qaïda, il considère ce désengagement comme étant un grand « péché et
une trahison capitale ». Quant au deuxième courant, il appuie Al-Goulani
et voit que l’allégeance de ce dernier à Al-Zawahiri est un « pacte de
guerre » et qu’elle peut être dissoute car c’est « une allégeance
exceptionnelle ». Il ne s’agit pas d’une allégeance à un "imam"
général et cela ne constitue pas une révolte contre la Nation et que le
désengagement est possible en cas d’un probable intérêt.
Al-Zawahiri sort de son
silence
Le conflit entre
les deux courants s’est intensifié : le courant qaïdiste refusant le
désengagement et le courant d’Al-Goulani représenté par l’Organisation de
Libération du Levant, et ce d’autant plus que le deuxième courant a mis en
garde à vue nombre des leaders d’Al-Qaïda dont les plus éminents sont Iyad
Al-Toubassi, appelé « Abou Glibib Al-Ordoni », Sami Al-Aridi surnommé
« Abou Mahmoud Al-Chami, pour avoir refusé le désengagement et incité à
des scissions contre le nouveau front formé par « le Front Al-Nosra »
en novembre 2017.
Le conflit entre les deux
courants a poussé Al-Zawahiri à sortir de son silence à travers un message
audio intitulé « Qu’on les combatte tous unis ». Ledit message avait
été diffusé par l’institution Al-Sahab, bras médiatique d’Al-Qaïda le 29
novembre 2017. Il y a accusé Al-Goulani de s’être désengagé, assurant qu’il n’a
pas accepté le désengagement d’Al-Nosra et considérant que le désengagement est
contraignant et qu’il est interdit.
Pour sa part, le
responsable légal de l’Organisation de Libération du Levant, dans un long
message à travers sa chaîne sur Télégramme : « Ce n’était pas une
allégeance à Al-Qaïda, mais un accord entre deux organisations pour travailler
en coopération en Syrie ». Il a accusé dans l’enregistrement l’un des
leaders d’Al-Qaïda « Atwane » d’avoir donné une fausse idée sur le
désengagement à Al-Zawahiri en se basant sur des informations obtenues auprès
du courant anti-désengagement.
Cette crise entre le Front
d’Al-Nosra et Al-Qaïda a pris fin après l’intervention de nombre de
personnalités éminentes dans le courant djihadiste. Ils ont formé deux comités
de réconciliation. La première baptisée « La réconciliation est un
bien » comptait Abou Qatada Al-Felestini, Abou Mohamed Al-Maqdessi, et
Abou Abdallah Al-Hachémi, Abou Hozaufa Al-Soudani, et d’autres ». Ce
comité n’a pas réussi à remplir ses fonctions car l’Organisation de Libération
du Levant s’opposait au choix de certains de ses membres. Un nouveau comité a
été formé sous le nom de « Trancher et unifier ». Présidé par Aba
Abdel Kérim, il comptait comme membres entre-autres Aba Malek Al-Chami, Cheikh
Aba Qatada Al-Albani et Cheikh Mokhtar Al-Tourki.
Ce comité a réussi à
libérer les leaders d’Al-Qaïda emprisonnés par l’Organisation de Libération du
Levant. Toutefois, il n’a pas réussi à réaliser une réconciliation générale
entre les deux factions relevant d’Al-Qaïda et l’Organisation de Libération du
Levant. D’innombrables raisons ont poussé Al-Goulani à prendre sa décision
laquelle est de se désengager d’Al-Qaïda et de préférer agir en tant qu’entité
séparée ne suivant aucune organisation, ni clan djihadiste en Syrie.
Premièrement, l’engagement entre le Front Al-Nosra et Al-Qaïda a placé
l’Organisation de Libération du Levant comme cible des accusations. Les pays de
la coalition internationale pour la lutte anti-terroriste l’ont placée sur la
liste des organisations terroristes et ont bombardé plusieurs fois ses sites.
Deuxièmement, le Front
Al-Nosra cherche à apparaître en tant que clan politique modéré pour jouir du
financement d’organismes qui soutiennent les mouvements de l’opposition
non-liée à des organisations djihadistes. Enfin, Al-Goulani souhaite
monopoliser et contrôler la scène djihadiste en Syrie, tout en cueillant les
fruits des victoires d’Al-Nosra et de son contrôle d’immenses espaces au nord
de la Syrie pour les attribuer à sa personne et à sa nouvelle organisation.