Publié par CEMO Centre - Paris
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Al-Goulani… De la lutte contre Al-Assad au coup de tête avec Al-Zawahiri

jeudi 21/juin/2018 - 12:10
La Reference
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Rahma Mahmoud

Le Front Al-Nosra (actuellement l’Organisation de Libération du Levant) s’est formé au mois de janvier 2012 de combattants professionnels dans le but de combattre le régime de Bachar Al-Assad. Il a continué à travailler en tant qu’entité indépendante luttant contre le régime syrien. A l’époque, le leader de l’Organisation Abou Mohamed Al-Goulani, a évité de prêter allégeance ou loyauté à Al-Qaïda ou toute autre organisation djihadiste.

Après que Daech a contrôlé d’immenses espaces en Syrie en avril 2013, Abou Bakr Al-Baghdadi, son leader, a annoncé l’unification de deux organisations : Le Front Al-Nosra et l’Etat islamique en Irak pour former une seule entité « L’Etat islamique en Irak et au Levant ». Mais cette alliance s’est vite dissoute après qu’Al-Goulani a refusé l’invitation d’Al-Baghdadi.  Dans une vidéo filmée en avril 2013, Al-Goulani a annoncé son allégeance au leader d’Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri et a demandé son arbitrage dans l’affaire de l’unification des deux organisations. A l’époque, Al-Zawahri a annoncé son refus de cette coalition et a appelé Daech à lutter contre les Américains en Irak et laisser l’espace djihadiste en Syrie au Front Al-Nosra, ce qu’a refusé Daech.

Une étape surprenante est survenue en juillet 2016 lorsqu’Al-Goulani a annoncé qu’il se désengage de son union avec Al-Qaïda, changeant le nom de « Front Al-Nosra » à  «Organisation de libération du Levant ». Alors qu’Al-Zawahiri n’a pas répondu à ce désengagement, cette annonce a été la cause de scissions au sein d’Al-Nosra. Deux courants se sont manifestés. Le premier refuse la séparation d’Al-Qaïda, il considère ce désengagement comme étant un grand « péché et une trahison capitale ». Quant au deuxième courant, il appuie Al-Goulani et voit que l’allégeance de ce dernier à Al-Zawahiri est un « pacte de guerre » et qu’elle peut être dissoute car c’est « une allégeance exceptionnelle ». Il ne s’agit pas d’une allégeance à un "imam" général et cela ne constitue pas une révolte contre la Nation et que le désengagement est possible en cas d’un probable intérêt.

Al-Zawahiri sort de son silence

 Le conflit entre les deux courants s’est intensifié : le courant qaïdiste refusant le désengagement et le courant d’Al-Goulani représenté par l’Organisation de Libération du Levant, et ce d’autant plus que le deuxième courant a mis en garde à vue nombre des leaders d’Al-Qaïda dont les plus éminents sont Iyad Al-Toubassi, appelé « Abou Glibib Al-Ordoni », Sami Al-Aridi surnommé « Abou Mahmoud Al-Chami, pour avoir refusé le désengagement et incité à des scissions contre le nouveau front formé par « le Front Al-Nosra » en novembre 2017.

Le conflit entre les deux courants a poussé Al-Zawahiri à sortir de son silence à travers un message audio intitulé « Qu’on les combatte tous unis ». Ledit message avait été diffusé par l’institution Al-Sahab, bras médiatique d’Al-Qaïda le 29 novembre 2017. Il y a accusé Al-Goulani de s’être désengagé, assurant qu’il n’a pas accepté le désengagement d’Al-Nosra et considérant que le désengagement est contraignant et qu’il est interdit.

Pour sa part, le responsable légal de l’Organisation de  Libération du Levant, dans un long message à travers sa chaîne sur Télégramme : « Ce n’était pas une allégeance à Al-Qaïda, mais un accord entre deux organisations pour travailler en coopération en Syrie ». Il a accusé dans l’enregistrement l’un des leaders d’Al-Qaïda « Atwane » d’avoir donné une fausse idée sur le désengagement à Al-Zawahiri en se basant sur des informations obtenues auprès du courant anti-désengagement.

Cette crise entre le Front d’Al-Nosra et Al-Qaïda a pris fin après l’intervention de nombre de personnalités éminentes dans le courant djihadiste. Ils ont formé deux comités de réconciliation. La première baptisée « La réconciliation est un bien » comptait Abou Qatada Al-Felestini, Abou Mohamed Al-Maqdessi, et Abou Abdallah Al-Hachémi, Abou Hozaufa Al-Soudani, et d’autres ». Ce comité n’a pas réussi à remplir ses fonctions car l’Organisation de Libération du Levant s’opposait au choix de certains de ses membres. Un nouveau comité a été formé sous le nom de « Trancher et unifier ». Présidé par Aba Abdel Kérim, il comptait comme membres entre-autres Aba Malek Al-Chami, Cheikh Aba Qatada Al-Albani et Cheikh Mokhtar Al-Tourki.

Ce comité a réussi à libérer les leaders d’Al-Qaïda emprisonnés par l’Organisation de Libération du Levant. Toutefois, il n’a pas réussi à réaliser une réconciliation générale entre les deux factions relevant d’Al-Qaïda et l’Organisation de Libération du Levant. D’innombrables raisons ont poussé Al-Goulani à prendre sa décision laquelle est de se désengager d’Al-Qaïda et de préférer agir en tant qu’entité séparée ne suivant aucune organisation, ni clan djihadiste en Syrie. Premièrement, l’engagement entre le Front Al-Nosra et Al-Qaïda a placé l’Organisation de Libération du Levant comme cible des accusations. Les pays de la coalition internationale pour la lutte anti-terroriste l’ont placée sur la liste des organisations terroristes et ont bombardé plusieurs fois ses sites.

Deuxièmement, le Front Al-Nosra cherche à apparaître en tant que clan politique modéré pour jouir du financement d’organismes qui soutiennent les mouvements de l’opposition non-liée à des organisations djihadistes. Enfin, Al-Goulani souhaite monopoliser et contrôler la scène djihadiste en Syrie, tout en cueillant les fruits des victoires d’Al-Nosra et de son contrôle d’immenses espaces au nord de la Syrie pour les attribuer à sa personne et à sa nouvelle organisation. 

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