"Al-Humayqani", le premier yéménite sur la liste arabe des terroristes

Par
Islam Mohamed
Tout le monde a
été surpris par l'inscription du nom du prêcheur yéménite, Abdel Wahab
Al-Humayqani, sur la liste des terroristes, émise par l'Arabie Saoudite,
l'Egypte, le Bahrein et les Emirats, le 9 juin 2017. Al-Humayqani était le seul
Yéménite à être sur la liste avec 59 autres. Il apparaissait régulièrement sur
les chaînes d'informations saoudiennes, en tant qu'un des plus fervents et des
plus éminents partisans des forces de "l'Alliance Arabe", qui
regroupe dix Etats et est dirigée par l'Arabie Saoudite. Cette Alliance avait
été déclarée le 25 mars 2015.
Al-Humayqani,
est le conseiller du président Abd Rabo Mansour Hadi, et s'est déclaré hostile
aux milices houthis chiites appuyées par l'Iran. Ces milices se sont soulevées
contre le président Hadi et se sont accaparées du pouvoir le 21 septembre 2014.
Al-Humayqani occupe également le poste de secrétaire général du Parti salafiste
yéménite "L'Union Al-Rachad", créé en 2012.
Al-Humayqani
était au début, assistant à l'université Al-Iman à Sanaa, relevant d'Abdel
Méguid Al-Zindani, un des symboles du groupe des Frères au Yémen. Il était
également mufti et chercheur dans les questions de statut personnel au
ministère qatariote des Waqfs. Al-Humayqani est aussi président de la filiale
locale de l'Organisation internationale des droits de l'homme
"Al-Karama", dont le siège principal est à Genève en Suisse. Il gère
aussi plusieurs "institutions caritatives" qui sont des organisations
non-gouvernementales fondées en 1995 dans la capitale du Qatar, Doha.
Décembre 2013,
le rapport périodique du Département américain du Trésor a accusé Al-Humayqani
d'avoir financé et appuyé l'organisation Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique,
classée en 2010 par les Etats-Unis, comme "organisation terroriste
étrangère".
L'homme a
rejeté ces accusations, dans le temps, disant que : "ces accusations ont
été adressées à son encontre vu ses activités hostiles aux raids américains sur
son pays, sous prétexte du combat contre le terrorisme". L'Organisation
internationale des droits de l'homme "Al-Karama", présidée par
Al-Humayqani, a présenté au Commissariat des Nations Unies pour les droits de
l'homme, un rapport sur les victimes des raids américains. Il a également
rencontré le président Abd Rabo Mansour Hadi, qui a déclaré que le gouvernement
avait livré au Département américain du Trésor, un message de réprobation
devant ces accusations contre Al-Humayqani. Le président du Yémen a affirmé que
tout Yéménite accusé, devrait être traduit devant la justice de son pays et a
donc refusé l'extradition aux Etats-Unis, du secrétaire général de l'Union
Al-Rachad, également membre de la Conférence du dialogue national.
Al-Humayqani
était à l'époque, un des membres de la Conférence du dialogue yéménite, qui
avait commencé sa première séance le 18 mars 2013 dans la capitale Sanaa et
avait duré pour dix mois, soit jusqu'au 25 janvier 2014 et avait rassembé les
différentes forces politiques pour examiner l'avenir du pays.
Il a aussi
représenté le gouvernement yéménite légitime alors qu'il faisait partie de la
délégation officielle participant aux pourparlers de la table ronde, parrainés
par les Nations Unies à Genève, juin 2015 face à la délégation des Houthis.
Sur
la liste des quatre Etats
Suite à
l'inscription du nom d'Al-Humayqani sur la liste des terroristes, juin dernier,
l'Union Al-Rachad a émis un communiqué affichant sa surprise quant à
l'inscription du nom de son secrétaire général sur ladite liste. Le défendant
alors en tant "qu'une des personnalités politiques yéménites ayant
efficacement et largement contribué à défendre la légitimité yéménite et se
déclarant hostile à la rebellion et au soulèvement". Le communiqué a
souligné qu'Al-Humayqani était un des partisans éminents des efforts de
l'Arabie Saoudite dans sa lutte légitime contre le projet iranien des Séfévides
(Safawides), puisqu'Al-Humayqani était membre de l'Autorité consultative de la
Conférence de Riad, tenue mai 2015 dans la capitale saoudienne pour examiner la
crise yéménite.
Le communiqué
de l'Union Al-Rachad a appelé les Directions des quatre pays à lever le nom
d'Al-Humayqani de la liste du terrorisme, tout en annonçant "sa
disposition à s'asseoir avec les instances concernées pour discuter de ce
sujet, afin de déceler la vérité et de démystifier la situation".
Al-Humayqani
réside avec sa famille à Riad depuis que l'Alliance arabe pour l'appui à la
légitimité au Yémen avait commencé ses opérations militaires en 2015. Sa tribu
"Al-Humayqan" dans le district d'Al-Zaher, province
d'Al-Baydaa, lutte contre les rebelles houthis. Toutefois, des nouvelles ont
circulé sur le retrait des combattants de sa tribu dans la province
d'Al-Baydaa, de leurs champs de bataille après avoir accusé Al-Humayqani de terrorisme,
ce qui a permis aux Houthis d'avancer dans la région et de gagner un nouveau
terrain.
Al-Humayqani
fut connu pour ses appels aux prédicateurs salafistes d'Aden, à abandonner la
prière du vendredi. Il a écrit, le 28 octobre dernier, sur son compte personnel
sur les réseaux sociaux : "Aux prédicateurs d'Aden : la prière du vendredi
et la prière collective à la mosquée, peuvent être abandonnées en cas de
panique et de chaos. Que chaque homme dirige la prière avec sa famille dans sa
maison".
Cet appel qu'il
avait lancé, est intervenu après une série d'attentats ayant ciblé les
prédicateurs salafistes. En fait, 17 prédicateurs salafistes ont été tués dans
la province durant la dernière période, dont le dernier était le cheikh Adel
Al-Chahry, l'imam et prêcheur de la mosquée "Saad Ibn Abi Waqqas" au
quartier Al-Mansoura à Aden. Il fut le troisième imam tué de cette façon en
moins d'un mois.