Notre-Dame de Paris... Lettre d'un musulman

A force de trop connaître et aimer l'âme française, je
suis souvent coupable de
trop aimer. Je disais que le grand point commun entre l'âme française et
l'âme égyptienne est qu'elles traversent les siècles en s'obstinant d'
aller vite mais lentement.
Le feu
ravageant Notre Dame dans la
nuit, ne doit être que lumière salvatrice car nous avons trop oublié que
la foi, quelques soient ses origines, n'est pas une fleur spontanée
mais une espérance
créatrice de l'histoire, ce
pourquoi je
préfère un compagnon bâtisseur à un fervent fidèle prosterné dans une église
ou une mosquée. "La fin de l'espoir, disait De Gaulle, est le
commencement de la mort".
Enfant dans un
milieu musulman alexandrin, j'ai
flâné mille fois sous les voûtes de Notre Dame dans une traduction
arabe de l'immortel roman de Victor Hugo . Écrivain, j'ai tant rêvé de
réunir la millénaire grande mosquée d'Al-Azhar, avec Notre Dame dans une
exposition. Les aléas politiques ne l'ont pas permis. En plein nuit, le
docteur Abdelrahim
Ali m'écrit depuis
Le Caire pour m'annoncer que le grand imam d'Al Azhar, plus haute
instance sunnite au monde, vient d'envoyer un poignant message à ses
frères chrétiens. On la fera peut être un jour au Caire, le jour de la
messe reinaugurante de Nôtre Dame retrouvée . Il faut être un homme vivant
et professeur d'espérance posthume.
Pour le musulman que je
suis, la Cathédrale blessée est la quintessence de l'idéal
spirituel chrétien . Elle est l'incarnation la plus sublime d'une œuvre
littéraire française.
A quelques
jours de Pâques, merci aux feux qui
feront sortir des Français le meilleur d'eux mêmes et nous feront voir,
nous tous, la nécessaire leçon de vivre ensemble en paix. Mais voir, n'est il pas aveuglement ? ...