Abou Hafs Al-Mauritani… De l’impiété aux révisions intellectuelles

Abdoul Hadi Rabie
Le Cheikh Abou Hafs Al-Mauritani, dont le vrai nom est
Mahfouz Ould Al-Walid, l'ancien Mufti d'Al-Qaïda, est toujours parmi les
personnes les plus controversées dans les milieux arabes et islamiques et cela
à cause de ses déclarations successives, sa dissidence contre l’Organisation,
son acceptation de se réviser idéologiquement puis son repentir à la fin.
Abou Hafs est né en Mauritanie en 1975. Il a appris les
sciences religieuses aux Cours de Shnakite (un endroit d’apprentissage de la
langue arabe et de la Charia Islamique dans le désert mauritanien). Il a voyagé
en Afghanistan afin de participer au Jihad afghan contre l'occupation
soviétique, là-bas, il a fait la connaissance de l’ancien leader et dirigeant
d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden. A cet égard, on peut dire que grâce à sa maîtrise
de la langue arabe et son approfondissement
dans les sciences religieuses, il s’est rapproché de «Ben Laden» qui était
apparu fin 2000 dans une vidéo où il récitait le poème d’Abou Hafs
Al-Mauritani, intitulé “Commentaire de l'Intifada d’Al-Aqsa".
Abou Hafs a enseigné certaines matières religieuses et
scientifiques aux moudjahidines à la demande de Ben Laden qui l'a rapproché de
lui jusqu’à ce qu’il soit devenu le responsable du comité légal puis le Mufti
d'Al-Qaïda, membre du Conseil de la Choura et le troisième homme après Oussama
Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri (leader de l'Organisation après le meurtre
d'Oussama Ben Laden en 2011). Il a également été le directeur du Centre
d'études et de recherches islamiques en Afghanistan depuis 1990 et jusqu'à
l'invasion de l'Afghanistan par les États-Unis en 2001.
En 1998, Abou Hafs a tenté de visiter l’Irak afin de
rencontrer Saddam Hussein, mais l’Etat a refusé de le recevoir sous prétexte
d’éviter d'entrer en conflit avec les grands pays. La même année, il a visité
le Soudan et a logé dans la chambre No.13 de l'hôtel Dana à Khartoum. Le
gouvernement américain a tenté de l'arrêter ou de l'expulser vers un autre pays
en vertu de l'accord d'extradition. Ce qui l'a contraint à quitter le Soudan.
Le rôle d’Abou Hafs ne s’est pas limité à la Daawa. A cet
égard, les autorités sécuritaires allemandes ont dévoilé qu’il a demandé de
Mohamedou Ould Salahi (un ingénieur mauritanien en communications qui était un
ancien prisonnier de Guantanamo), de lui transférer des sommes d’argent
considérables en Afghanistan de diverses manières et, en Décembre 1998, il a
réussi à lui transférer 8000 DM.
En plus, Abou Hafs et un certain nombre d'anciens
djihadistes en Afghanistan, tels que
Moustafa Hamed (historien d'Al-Qaïda) et Saif Al-Adel Muhammad Salah Al-Din
Zidane, se sont opposés aux attentats du 11 septembre 2001, deux mois avant
leur perpétration. Lors de son interrogatoire, Khalid Cheikh Mohammed (l'un des
accusés dans l'affaire des attentats) a affirmé qu'Abou Hafs s'était opposé à
toute attaque à grande échelle contre les Etats-Unis.
Aussi, l'ancien mufti général de l’Organisation
d'Al-Qaïda a un livre intitulé "L’action islamique entre les raisons de
convergence et les défenseurs du conflit" qui est adopté par Ayman
Al-Zawahri, dont Ben Laden lui-même a écrit l’introduction et qui est l’une des
raisons de l'intégration d'Al-Qaïda à l’organisation du Jihad islamique
égyptien en juin 2001. De nombreuses rumeurs circulent à propos d'Abou Hafs, la
plus célèbre disait qu'il a été tué, et ce deux fois, la deuxième fois après un
raid aérien le 8 janvier 2002 à Zawar Kili, en Afghanistan.
Il a fui l'Afghanistan et est allé en Iran après
l'invasion américaine. Là-bas, il a été placé en résidence surveillée de 2003 à
avril 2012 et cela à cause de son refus de coopérer avec les services de
sécurité en faisant des déclarations ou en donnant des informations sur les
leaders de l’Organisation d'Al-Qaïda. Il a été livré à la Mauritanie le 7
Juillet 2012 après avoir annoncé s'être repenti et s'être révisé idéologiquement
et avoir rompu ses relations avec Al-Qaïda. Cependant, ils ne l’ont libéré
qu’après plusieurs mois de son interrogatoire. Jusqu’à présent, malgré la
dissidence d'Abou Hafs contre l'Organisation, Al-Zawahiri continue de
mentionner positivement son rôle dans la coopération entre les islamistes.
Après sa libération en 2014, ses déclarations se sont
succédé dans les médias, ce qui a préoccupé l'opinion publique. A cet égard, il
a dénoncé l'investiture d'Abou Bakr Al-Baghdadi, le leader de
l'organisation Daech, qui se considère
comme le calife des musulmans, affirmant que son califat était basé sur des
fondements corrompus. C’est la raison pour laquelle d'ailleurs, il a été soumis
à une attaque intensive de la part de Daech dans la «Tribune de l'Unification
et du Jihad » qui inclut un livre intitulé "Ould Al-Walid s’est-il
retiré... d'où Al-Qaïda a pénétré ?" Ce livre est écrit par Abdullah Ben
Abdul Rahman Al-Shankaiti.
Il a également nié l'allégeance du leader du Fatah
Al-Cham, Abou Mouhammad Al-Julani à Al-Qaïda, et annoncé son appui à l'Etat du
Qatar après que le quartette arabe (Egypte, Arabie Saoudite, Emirats Arabes
Unis, Koweït et Bahreïn) l'a boycotté
pour avoir soutenu le terrorisme et les terroristes et là-bas, il a noué
beaucoup de relations avec les dirigeants du groupe des Frères musulmans.
A la fin, il faut noter qu'Abou Hafs a obtenu les grâces
de Ben Laden qui dans son testament écrit de sa propre main avant son meurtre,
a recommandé que la propriété de 1% de sa succession soit transférée à Ould
Al-Walid qui a reconnu la validité de ce testament, affirmant qu’il est très
ancien et qu'il a été écrit dans les années 90 du siècle dernier.