Abou Ayoub Al-Masri … De Menoufiya à Ahrar Cham

Mohamed
Fouad Hassan Al-Sayed Hazzaa, alias Sharif Hazzaa, est né en 1957 à Shebin
Al-Kom dans le gouvernorat de Menoufiya en Egypte. Au début de sa vie, il est
influencé par les idées des Frères musulmans, puis se tourne vers la pensée
salafiste. Il se rend en Arabie Saoudite pour étudier le hadith et les sciences
religieuses à l'université islamique de Médine, où il suit les cours du cheikh
Nasser al-Din al-Albani, grand spécialiste du hadith.
Après
avoir étudié le hadith à Médine, il se rend en Jordanie, où il travaille comme Mouhaqiq
(réviseur) d’ouvrages islamiques (personne qui retranche d’une œuvre les
passages non authentiques en la comparant à la version originale). Il révise
certains ouvrages d’Ibn Taymiyya comme Al-Fatwa Al-Mahmoudiyah Al-Kobra
(La grande fatwa Mahmoudiya), Al-Fourqan bayn Awlya Al-Rahman
(Al-Fourqan entre les mains des partisans du Miséricordieux) et Awlyaa
Al-Chaytan (les partisans de Satan). Il révise de même certains ouvrages de
l’imam Al-Chokani comme Al-Tohaf fi Mathahib Al-Salaf (les joyaux de la
doctrine du Salaf). Il rédige également quelques livres comme Al-Odhr bel
djahl (L’excuse par l'ignorance).
Hazzaa
revient en Egypte, après que sa femme ait donné naissance à leur fils Mo’ath,
le 20 octobre 1987, puis il part au Pakistan avec sa famille où il obtient une
maîtrise dans la science du hadith, et travaille comme enseignant à l'Institut
du groupe Al-Tawhid wal Jihad, dans la ville de Peshawar à la frontière
afghane. Il y rencontre plusieurs chefs de groupes armés afghans. Après un
séjour de moins d’un an au Pakistan, il rentre en Egypte, mais il n’y restera
pas longtemps. Il repart aussitôt aux Emirats Arabes Unis, puis en Indonésie,
où il enseigne le hadith dans les instituts religieux avant de revenir à sa
ville natale en 1998.
En
août 1999, il est arrêté, et accusé d’appartenance à l’organisation Al-Aa’doune
min Albania (les revenants d’Albanie). Il comparait devant un tribunal
militaire, mais acquitté, il est à nouveau arrêté par la sécurité.
Il
fait alors le tour des prisons égyptiennes avant de finir à la prison de Tora.
Hazaa joue un rôle clef dans la réussite des révisions idéologiques en vertu
desquelles les groupes armés ont renoncé à la violence et opté pour une
approche pacifique.
Pendant
qu’il était en prison, un incident célèbre est survenu, en raison de la
similitude entre son surnom et celui d'Abou Hamza Al-Muhajir, l'ancien dirigeant
d’Al-Qaïda en Iraq. En effet, les deux hommes sont surnommés « Abou Ayoub ».
Aujourd’hui encore, les médias les confondent. Aux Etats-unis on a publié une
biographie de Hazza en affirmant que c’est l'homme « qui a dirigé
Al-Qaïda en Irak » et sa mort a été annoncée en 2010. Cependant, Montasser
Al-Zayat, l’avocat des groupes islamistes en Egypte, a souligné que Hazza tait
détenu à la prison de Tora, et qu'il « le rencontrait personnellement
». De même, sa femme a écrit à plusieurs médias, affirmant que son époux se
trouvait toujours en prison, et qu'il n'a jamais visité l'Irak ni même
l'Albanie en raison de laquelle il est emprisonné.
Sur
la ligne de feu en Syrie
Les
forces de sécurité égyptiennes finissent par libérer Hazza, après plusieurs
recours présentés par son avocat. Il participe alors à la Révolution du 25
Janvier 2011 qui a renversé le régime de l'ancien président Hosni Moubarak, et
s’installe en Egypte jusqu'à ce que la Confrérie des Frères musulmans, fondée
par Hassan al-Banna en 1928, y prenne le pouvoir le 30 juin 2012.
Il
part alors à Istanbul en Turquie, en Septembre 2012 et s’infiltre sur le
territoire syrien. Arrivé à la ville d'Alep, il adhère au front Fath Al-Sham
(anciennement Al-Nossra) qui, plus tard, rejoint par d’autres factions,
deviendra Hay’et Tahrir Al-Cham (Organisation de Libération du Levant)
dirigé par Abou Mohamad Al-Joulani.
Hazaa
enseigne les sciences religieuses aux combattants du Front, qu’il ne tarde pas
à quitter après que celui-ci ait attaqué en mars 2016 des éléments de l’Armée
Syrienne Libre (ASL). Hazza a estimé que cette attaque « n'est pas
permise du point de vue religieux ». Il rejoint le Front d’Al-Ahrar où il
travaille comme juge.
En
Mars 2017 au risque d’être démenti, il assène un coup médiatique à Abou Mohamed
Al-Joulani en révélant l'existence de négociations directes entre lui et l'Iran
au Qatar. Il attaque virulemment Al-Joulani en raison de ses tentatives
d'unifier les factions syriennes sous sa bannière par la force et la violence.
Lorsque
l’Organisation de Libération du Levant a attaqué le Front d’Al-Ahrar, Hazaa a
publié une fatwa dans laquelle il affirme que les soldats morts de l’OLL sont
en Enfer, tandis que ceux d’Ahrar Al-Sham sont au Paradis, car ils se défendent
contre l'agression et ne sont nullement des agresseurs.