Aboul Leith Al-Libi, l’auteur de la grande évasion

Le 30 Janvier 2008, alors qu'il s’apprêtait à prendre la
tête d'une délégation d'Al-Qaïda, pour recevoir un haut dirigeant des Talibans,
Abdallah Messoud, dans sa région natale de Mir, au Nord du Waziristan, une
roquette de la CIA, s’abat sur la régon et le tue lui et ses partisans. Il
s’agit d'Ali Ammar Alreqiei, surnommé Aboul Leith Al-Libi. Cet homme, numéro 3
d'Al-Qaïda, est l’une des personnalités qui ont joué un rôle militaire clef
dans l'histoire de l'organisation, en attaquant un grand nombre d’objectifs aux
États-Unis, si bien que Washington a considéré sa mort comme une grande
victoire.
Aboul Leith est né dans une famille libyenne religieuse
en 1972. Il rejoint les rangs du Groupe Islamique Combattant en Libye (GICL)
dans les années 80 et 90 du siècle dernier. Ces groupes ont déclaré apostat
l'ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, estimant qu’il était licite de
prendre les armes contre lui. Ils sont entrés dans une longue confrontation
armée avec l’ancien régime libyen. Confrontation qui s'est soldée par une série
de révisions idéologiques, en 2007 très similaire à l’initiative de cessation
de la violence de la Gamaa Islamiya en Egypte en 1997.
Tandis que la pression sécuritaire s’accentue autour du
GICL au début des années 90 et plusieurs de ses dirigeants sont tués, Al-Libi
fuit la Libye et se rend en Arabie Saoudite, mais il est arrêté par les
autorités saoudiennes après l’attentat de Riyad en 1995. Celles-ci l’accusent
d’être le commanditaire de l’attentat avec d'autres militants intégristes. Il
est incarcéré à la prison d’Al-Ruwais à Djeddah, un établissement très
fortement surveillé.
Malgré cette surveillance accrue, Al-Libi parvient avec d’autres
prisonniers à s’échapper en 1998. Il part en Afghanistan et rejoint les rangs
d’Al-Qaïda, alors dirigée par Oussama Ben Laden. En Novembre 2007, il annonce
que le GICL a rejoint les rangs d’Al-Qaïda et se considère alors comme le chef
de la branche libyenne de cette organisation.
Al Libi et d’autres takfiris se donnent pour mission de
défendre l’aéroport de Qandahar et la ville de Jalalabad durant l'invasion
américaine en Afghanistan fin 2001. Il mène d’innombrables attaques terroristes
contre les Américains et le gouvernement afghan.
Réunir les combattants arabes
Il joue un rôle de premier plan pour réunir les
soi-disant combattants arabes, pour réorganiser leurs rangs, et convaincre les
émirs des groupes takfiris d'entrer sous la bannière d’Al-Qaïda. Parmi ces
émirs, Hassan Hattab, chef du groupe salafiste de prédication et de combat,
créé en 1998 en Algérie.
En 2001, son frère cadet, Abdoul Hakim Ammar
Al-Rikaie, est arrêté après l'occupation américaine de l'Afghanistan.
Il a contribué à la pensée djihadiste en rédigeant
plusieurs ouvrages dont : « Orientations et conseils à ceux qui ont
abandonné le djihad », et « Réponses aux révisions idéologiques des
leaders du Jihad égyptien ». Il a de même rédigé une série de
« question-réponse » publiée par la fondation Al-Sahab, le bras médiatique
d’Al-Qaïda, et dans lesquels il donne son opinion sur certaines questions
jurisprudentielles.
Il est à noter que les dirigeants du GICL ont
rejeté la décision d’Al-Libi de rejoindre Al-Qaïda en 2007, et se sont engagés
dans un processus de réconciliation avec le régime de Kadhafi. Un processus
dans lequel l'ancien dirigeant du groupe, Noman Ben Atman, a joué le rôle de
médiateur. Suite à cette réconciliation, les dirigeants du GICL ont publié une
série de révisions idéologiques et arrêté la violence. Kadhafi a libéré un
grand nombre des militants du groupe, emprisonnés dans les années 90 du siècle
dernier.